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La colère doit déboucher sur des acquis

La France du travail et du chômage est décidée à sortir de l’invisibilité. C’est le sens du gilet jaune qu’enfilent ouvriers, caissières, infirmières, paysans, privés d’emploi, petits entrepreneurs et bien d’autres. Aucun artifice de communication ne fera retomber la colère sociale. Le soutien de l’opinion au mouvement est d’ailleurs proportionnellement inverse à la cote de popularité du Président de la République. Ce n’est pas à lui que s’identifient nos concitoyens mais à ces porteurs de chasubles ou ceux qui, exprimant la même colère, n’en portent pas. Signe d’une forte dimension de classe de ce mouvement qui, dans l’état actuel du rapport de forces, échappe aux catégories morales et politiques.

Les Français et, fait notable, les très nombreuses Françaises qui se mobilisent ont en tête le Président des riches. Il s’agit pour beaucoup d’entre eux de leur première mobilisation. Et s’y sont adjoints de nombreux militants syndicaux et politiques.

Cette mobilisation d’ampleur n’a été décrétée par aucun parti ou syndicat. Elle est l’expression crue d’un ras-le-bol contre les inégalités, les injustices et le mépris. Il n’est pas étonnant qu’à ce stade, l’extrême-droite promotionnée à longueur de temps, cherche à s’infiltrer dans le mouvement, elle qui a toujours contesté au mouvement ouvrier sa place aux cotés des classes populaires, notamment en temps de crise. Cela ne rend que plus suspecte la promotion que lui assure le ministre de l’Intérieur !

Pour autant, les thèses xénophobes ou identitaires sont restées à la périphérie des mobilisations. L’activisme de quelques groupuscules fascistes et de leurs relais politiques, comme celui d’une droite qui a applaudi à la suppression de l’impôt sur la fortune tout en poussant l’actuel gouvernement à réduire encore plus la dépense publique, devrait au contraire inciter les organisations de gauche et du mouvement social, avec leur solide bagage antiraciste, internationaliste et progressiste, à leur couper l’herbe sous le pied en relayant et amplifiant la substantifique moelle de ce qui s’exprime : la soif d’égalité et une autre répartition des richesses. La force propulsive de cette puissante colère pourrait ainsi déboucher sur des résultats sonnants et trébuchants bienvenus pour tant de familles, à l’approche des fêtes de Noël.

Cette colère est aussi celle des personnels hospitaliers, des enseignants, des cheminots, des ouvriers de la sidérurgie, des salariés précaires, des étudiants, des retraités qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, de toute cette France du travail, qui vit trop souvent « à l’euro près ». Le pouvoir d’achat émerge en haut des priorités. A raison, la CGT a décidé de s’engager le 1er décembre. Émettons le vœu qu’elle ne reste pas seule. Une étude de l’OFCE nous apprend que les Français ont perdu en moyenne 440 euros par an de revenu disponible. Ce chiffre a des traductions pratiques dont nos belles âmes n’ont sûrement pas idée sur l’éducation des enfants, l’accès aux soins, aux loisirs et, bien entendu, aux transports. Dès lors tenter d’opposer la colère sociale aux enjeux environnementaux relève plus du mépris de classe que du combat écologique.

L’indispensable révolution environnementale ne peut qu’être corrélée à la révolution sociale. Elle ne peut advenir qu’en réorientant la richesse produite par le travail vers un mode de développement égalitaire. Cela passe, aujourd’hui, par un moratoire sur les nouvelles hausses de taxes, compensées par le retour de l’impôt sur la fortune ; par le lancement de nouvelles voitures à basse pollution combiné à un grand plan de transport public, le contrôle des prix à la consommation tout en ouvrant une conférence sociale sur l’augmentation des salaires, des retraites et des prestations sociales. Le mouvement a bien plus que son propre avenir en main. Il ne demande qu’à être aidé. Il le mérite.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 29 novembre 2018)

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