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Antifascisme en Roussillon. Retour sur un siècle de luttes

Éclairage en amont du colloque antifasciste international que les retraités CGT organisent mercredi et jeudi au Mémorial de Rivesaltes.

Les retraités CGT sont sur le pont depuis plusieurs semaines. Et pour cause. Ils organisent à partir de mercredi un grand colloque antifasciste international au Mémorial du camp de Rivesaltes.

Quelque 150 syndicalistes venus de France, d’Italie et d’Espagne devraient participer à cet événement impulsé par la Fédération européenne des retraités et des personnes âgées. « Notre objectif est d’effectuer un travail de mémoire afin de sensibiliser les jeunes générations aux dangers des idées d’extrême-droite », explique le secrétaire départemental des retraités CGT, Michel Chabasse.

Les syndicats n’ont pas choisi les P.-O. par hasard. « On voulait organiser ce colloque dans un lieu où le fascisme a suscité des exactions », indique Michel Chabasse. Toute une partie des débats sera d’ailleurs consacrée à l’histoire locale.

Les Espagnols boucs émissaires de 14/18

Au XXe siècle, la xénophobie a commencé à monter en puissance dans le département dès le lendemain de la Première Guerre mondiale. À l’époque, les travailleurs espagnols, venus pallier les pertes humaines du conflit, sont les principales victimes du phénomène. « Dans l’entre-deux-guerres, la population du département était composée à 40% d’Espagnols ou de descendants directs d’Espagnols », rappelle l’historien Georges Sentis. «  C’est dans ce contexte que le sentiment anti-espagnol s’est répandu. Les gens disaient notamment qu’ils n’avaient pas fait la guerre aux côtés de la France. Par ailleurs, il y avait et il y a toujours une importante tradition monarchiste dans le département (et notamment en Salanque). À la Libération, cette extrême-droite virulente s’est camouflée, mais elle réapparaît à des occasions diverses. »

Les affiches monarchistes en grands formats et les autocollants identitaires placardés en masse l’an dernier sur les murs de Perpignan en témoignent.

En grève contre la préférence nationale (1936)

Au-delà du constat, le colloque mettra aussi l’accent sur les principales initiatives antifascistes qui se sont développées depuis un siècle. En commençant par celle contre la préférence nationale à l’embauche instituée en 1932 dans un contexte de crise économique.

« En 1936, les ouvriers de la carrière de Rodès, qui employait beaucoup d’Espagnols et d’Italiens, ont par exemple fait grève pendant trois ans pour réclamer qu’on embauche et qu’on partage le travail en fonction de la main-d’œuvre disponible », relate Georges Sentis.

Le soutien aux migrants est également une vieille histoire dans le département. Dès 1937, les P.-O. sont par exemple devenues une véritable « plaque tournante » de l’accueil des enfants de combattants républicains espagnols. « Ils étaient hébergés à la colonie de vacances La Mauresque de Port-Vendres, gérée par les Jeunesse laïques et républicaines et à celle de La Bernède à Prats-de-Mollo, propriété de la mairie de Perpignan, alors tenue par les socialistes », détaille Georges Sentis.

Infiltrations anti-franquistes

Après la Seconde Guerre mondiale, lors de laquelle les guérilleros républicains ont prêté main-forte à la Résistance locale, la CGT accueillera jusqu’à la mort de Franco des réunions illégales de syndicats espagnols à la Bourse du travail de Perpignan. Des militants cégétistes ont également fait partie de l’organisation clandestine lancée par le parti communiste pour infiltrer et exfiltrer les responsables anti-franquistes.

Du refus des migrants à la préférence nationale, les phénomènes contre lesquels les antifascistes des années 1930 se sont battus sont encore d’actualité, remarque Georges Sentis : « Si on ne fait pas attention, on pourrait revivre la même histoire. » D’où tout l’intérêt du colloque qui vise à « montrer le danger qui existe quand les idées fascistes progressent ».

Et maintenant…

« Il y a une confusion dans la tête de certains qui pensent que c’est à cause des migrants qu’ils n’ont pas de boulot. C’est se tromper de chemin. La colère ne doit pas se diriger vers les autres travailleurs », estime le secrétaire départemental de la CGT, Jean-Claude Zaparty. Afin d’illustrer cette prise de position, l’organisation appelle à manifester main dans la main avec les syndicats sud-catalans (CCOO, UGT…) le 15 décembre au Perthus. Pour la défense des travailleurs migrants.

Arnaud Andreu (L'Indépendant, le 3 décembre 2018)

Au menu du colloque
Axé autour du thème de la xénophobie, le colloque international antifasciste se tiendra mercredi de 13h30 à 18h30 et jeudi de 9 heures à 17 heures au Mémorial de Rivesaltes. Trois débats sont notamment au programme. Animé par la vice-présidente nationale de la Ligue des droits de l’homme, Dominique Noguères, le premier évoquera la xénophobie d’hier à aujourd’hui et le décret de 1938 sur l’internement des « indésirables étrangers ». Georges Sentis présentera quant à lui l’aspect historique local. Tandis que le politologue Dominique Sistach analysera l’instrumentalisation de la xénophobie par l’extrême-droite.
Entrée libre. Programme détaillé sur le site internet de la CGT66 (lacgt66.fr).

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