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Gilets Jaunes. Un chef de l'Etat isolé, une majorité affolée

Couacs à répétition, dramatisation, division au sein du gouvernement… l'exécutif continue de jeter de l'huile sur le feu. Le chef de l'État, qui cristallise le rejet du pouvoir, devrait prendre la parole dans les jours qui viennent.

La peur a changé de camp. Et la panique gagne les rangs de la majorité, en pleine dislocation. Le couple exécutif enchaîne les couacs, plaçant le premier ministre sur un siège éjectable. Jeudi, Édouard Philippe est de nouveau monté au front au Palais du Luxembourg sans beaucoup de conviction, et pour ne rien annoncer. « Mais tout va bien au sein de l'exécutif », tente de minimiser l'Elysée. Seul le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume reconnaît qu'une « partie du peuple est en train de se soulever », nécessitant des « réponses » de l'exécutif et assurant qu'Emmanuel Macron n'est pas « fébrile » mais « inquiet ». La veille le président de la République n'a pas hésité à désavouer son premier ministre. Quelques heures après une séquence chaotique par Édouard Philippe dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. L'Élysée a repris la main dans la soirée en annonçant, via France Info, que la hausse des taxes sur le carburant ne serait pas « suspendue, ni différée » mais bien « annulée ». Même fiasco sur l'ISF. Alors que deux ministres annonçaient le matin la possibilité d'un rétablissement de cet impôt, l'Elysée a opportunément fait fuiter dans les Echos qu'Emmanuel Macron s'y était formellement opposée. « Nous ne décrypterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois », aurait affirmé le chef de l'État devant le Conseil des Ministres.

Pourtant, le pouvoir a commencé à reculer, certes « trop tard, trop peu », comme le dénonce l'opposition. Mais il reculera encore sous peine de porter la responsabilité d'un embrassement des violences. Après avoir joué l'autorité, expliquant qu'il « maintenait le cap », le gouvernement a fini par abandonner le projet de hausse des taxes sur les carburants. Et a ouvert une brèche dans le rétablissement de l'ISF. Pire, il a lui même semé le doute et la division dans les rangs de la majorité, désormais tiraillée entre l'Élysée et Matignon. Car, le torchon brûle entre le locataire de l'Élysée et le premier ministre. Et ce dernier ne cache plus son agacement. « Édouard Philippe se crispait quand il entendait le nom d'Emmanuel Macron », raconte un responsable de l'opposition reçu lundi à Matignon : « Je suis là pour faire la liste des courses, c'est le président qui décide. J'ai mon avis sur la question, mais le président de la République peut en avoir un autre », a lâché durant cette entrevue Édouard Philippe. « Dans le meilleur des cas, il faudra un nouveau gouvernement avant les élections européennes. Dans le pire, avant Noël », avoue un macroniste. « Le premier ministre est très affaibli, mais ne pourra pas servir de "fusible" car s'est la personne du président de la République qui est visée », rappelait jeudi, le député insoumis Alexis Corbière. Si la perspective d'un remaniement est effectivement évoquée jusque dans les rangs de la majorité. Un changement de casting ne règlera rien, tant la personnalité du chef de l'État, son mépris de classe et son arrogance cristallisent le rejet du pouvoir en place.

La stratégie de la dernière chance du président : miser sur la peur

Emmanuel Macron est d'autant plus affaibli que ses marges de manoeuvre sont minces et soutiens rares. Une grande partie de la presse a beau s'assumer en conseillers médiatiques du prince celui-ci continue de s'effondrer dans les sondages et la colère des gilets jaunes ne fait que redoubler. L'unité de sa propre majorité a volé en éclats, entre ceux qui ne veulent pas couler avec le navire  et ceux qui peinent à défendre le projet politique. Car ils sont peu nombreux à monter au front, et quand certains députés s'y frottent, c'est souvent pour le pire, à l’instar d’Élise Fajgeles, incapable de donner le montant du Smic face à des gilets jaunes. Ravageur. D'autres peu rompu au combat politique, sont effarés par la tournure de la situation et réclament une protection policière. Il ne peut pas plus compter sur « les corps intermédiaires », qu'il s'est évertué à humilier et détruire, tout en s'étonnant aujourd'hui de leur absence de soutien. Sans syndicats, ni représentants légitime pour relayer les revendications, le gouvernement est d'autant plus démuni pour affronter ce mouvement horizontal et protéiforme, né spontanément, sans cadre collectif prédéfini. Si bien que le chef de l'État a demandé, mercredi, « aux forces politiques et syndicales, au patronat, de lancer un appel clair et explicite au calme ». « Le moment que nous vivons n'est plus à l'opposition politique, mais à la République », a-t-il affirmé lors du Conseil des ministres, mercredi. « Nous avons des raisons de redouter une très grande violences », avance ainsi l'Élysée, qui dit « craindre la mobilisation d'un noyau dur de plusieurs milliers de personnes », qui viendraient à Paris « pour casser et pour tuer ». Une dramatisation reprise sans filtre par des membres de la majorité qui évoquent désormais un risque de « punch », comme le répète depuis mardi la ministre Marlène Schiappa. Car, c'est la stratégie de la dernière chance du président : miser sur la peur des violences, quitte à jeter de l'huile sur le feu, pour affaiblir le mouvement. Depuis lundi, faute d'avoir trouver et proposer des solutions pour ouvrir un dialogue, le gouvernement utilise un vocabulaire anxiogène pour démontrer qu'il aura prévenu de potentielles violences à l'issue dramatique. « La raison doit revenir ! » a ainsi lancé, jeudi, le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, qui appelle à ce que « collectivement, chacun mesure qu'il faut prendre ses responsabilités et ne pas céder à cette tentation du chaos, de la violence ».

Lundi, Macron sera face au même dilemme

L'ampleur des mobilisations de samedi dans toute la France, mais aussi le risque, réel de nouvelles victimes seront déterminants pour la suite. Et lundi matin, Emmanuel Macron sera devant le même dilemme : rester inflexible, au risque d'encourager une extension du mouvement et la possibilité de nouvelle violences. Ou commencer à céder sur les revendications des gilets jaunes, à infléchir sa politique, quitte à devenir, comme Jacques Chirac en 1995, le spectateur de son propre quinquennat. Et d'incarner très vite « le vieux monde » d'une politique néolibérale dictée à la France depuis près de trente ans par les institutions financières. Celle dont une majorité de Français ne veulent plus.

Une motion de censure contre le gouvernement annoncée pour lundi

Les députés communistes, insoumis et socialistes ont confirmé jeudi qu'ils déposeraient lundi une motion de censure contre le gouvernement. « Les annonces qui ont été faites ne permettent pas de sortir de la crise. Or, il faut une réponse sur le pouvoir d'achat. Nous voulons une issue politique », a assuré Pierre Dharréville (PCF), dont le groupe a été à l'initiative de cette démarche. « On a un gouvernement qui va droit dans le mur, c'est notre responsabilité de dire stop et de faire en sorte qu'on change de gouvernement et donc de politique », a ajouté Ugo Bernalicis (FI). Pour Olivier Faure (PS), dont le parti s'est rallié à la motion après le discours du premier ministre à l'Assemblée, celle-ci doit servir « à montrer qu'il y d'autres voies possibles ». « Le texte sera transmis à la totalité des parlementaires, sauf ceux d'extrême droite, afin que tous ceux qui le souhaitent puissent le signer », a annoncé André Chassaigne (PCF).

Avec 62 députés au total dans les trois groupes, la motion à, pour l'heure, ,peu de chance de faire tomber le gouvernement. Pour y parvenir, elle dot obtenir une majorité de voix parmi les 577 députés. La motion, selon l'article 49-2 de la Constitution, doit être soumise au vote dans un délai de 48 heures après son dépôt.

José Alséda

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