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Grand débat ou diversion ?

Le gouvernement aura beaucoup espéré de la trêve de fin d’année pour que s’essouffle la contestation sociale. La propagande autour des mesures en trompe l’œil concédées par le Président, la lumière médiatique braquée autour des seules violences pour mieux évacuer les revendications sociales et démocratiques, l’usage disproportionné de la force publique, les arrestations préventives et condamnations abusives, les ordres donnés aux préfets pour débarrasser les ronds-points des invisibles qui y ont pris place n’ont pourtant pas suffit à étouffer la puissante colère.

Elle prend d’ores et déjà de nouveaux atours, avec ou sans ce gilet jaune. Les salariés de l’Education nationale commencent à s’organiser et à réclamer l’augmentation de salaires qui leur a été refusée après avoir été fébrilement accordée aux forces de l’ordre. D’autres catégories sociales et professionnelles discutent à bâtons rompus de leurs conditions de travail, des inégalités et injustices de l’actuel système. La digue du défaitisme a commencé à rompre.

Le Président prétend au « dialogue » tout en qualifiant les centaines milliers de citoyens en mouvement de « foules haineuses ». Il a bien fait comprendre, lors de ses vœux, que le ton compassé de son allocution contrainte à la télévision au pic de mouvement n’était que diversion. C’est bien son programme de mise en coupe réglée de la République sociale qu’il compte appliquer autoritairement, sans détour ni amendement. Le décret condamnant les chômeurs à des règles d’indemnisation et de retour à l’emploi scélérates, imposé sans débat au cœur des fêtes, est un avant goût symptomatique de cette manière de procéder.

Le grand débat national n’apparait dès lors que comme une nouvelle séquence du mauvais film « cause toujours… » s’apparentant à une tentative de reprise en main politique. Le Président a lui-même décidé d’en fixer l’ordre du jour. De la même manière que M. Juncker affirmait qu’il n’y a pas démocratie en dehors des traités européens, M. Macron prévient qu’il n’y aura pas de débats en dehors de son programme ultralibéral. Cette mise en parenthèse de la souveraineté populaire, entre deux scrutins présidentiels qui ne rendent qu’imparfaitement compte des rapports de force politiques, abime le contrat social et démocratique. En refusant la profonde respiration démocratique dont le pays a besoin, le Président, son gouvernement et sa majorité, décrédibilisent dangereusement nos institutions, au grand bonheur des factieux et autres antiparlementaristes qui grenouillent à l’extrême droite tout en préservant le monde des affaires.

Le macronisme espère profiter de la crise pour souffler sur les braises de l’antiparlementarisme et conforter une pratique du pouvoir autoritaire et centralisée, feignant de ne pas voir que c’est le présidentialisme qui est en crise avec son mépris des corps intermédiaires, des élus locaux et des parlementaires, des associations, des syndicats ou des partis politiques ; feignant de ne pas voir que c’est la figure du Président qui est fortement contestée sur tous les ronds-points. Celle du député ne l’est que dans la mesure où il n’est qu’un godillot. Ainsi à contrario de ce qu’exprime le mouvement, le gouvernement espère profiter de certaines ambiguïtés pour avancer son projet crucial de réforme des institutions et de suppression du tiers de parlementaires, visant à affaiblir plus encore les représentants du peuple et à laisser la place aux conseillers et technocrates qui î régulièrement dans les deux sens : des cabinets ministériels, à la technostructure et au monde des affaires.

Ici se dessine le pas de deux du pouvoir avec l’extrême droite, agitée comme épouvantail mais utilisée pour saborder le débat sur les institutions. L’actuel mouvement n’a rien à espérer de ces manœuvres mais doit continuer à porter des exigences sociales et démocratiques, avec les organisations qui les font vivre, pour un nouvel âge de notre démocratie. Nous nous mettons à la disposition de ce mouvement populaire avec « les cahiers de la colère et de l’espoir » que chacun et chacun peut remplir pour se faire entendre.(1)

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 10 janvier 2019)

(1) Pour accéder aux cahiers : https://www.humanite.fr/cahiers.

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