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Manœuvres électorales !

Le Président de la République a beau « faire don de sa personne » en sillonnant la France, les deux tiers de nos concitoyens continuent à réclamer un changement de politique économique selon les enquêtes d’opinion du début de cette semaine. Les samedis de manifestations connaissent toujours une importante affluence et souvent le mouvement tend à prendre des formes originales et enthousiasmantes, comme ce fut le cas dans la ville de Commercy où se sont réunis des dizaines de délégations de gilets jaunes en une grande assemblée citoyenne, ou dans de nombreuses villes dans lesquelles s’intensifient les liens avec les syndicats.

Face à cette situation, le Président de la République et son gouvernement sont repartis en campagne électorale avec l’espoir de réactiver les illusions de 2017. Ils devraient pourtant prendre conscience que l’expérience plaide contre lui, et que le recours à la répression aveugle et les atteintes aux libertés commencent à devenir de sérieux sujets de préoccupation pour de larges franges de l’opinion. Macron veut coûte que coûte créer les conditions pour terminer son quinquennat et mettre en œuvre son projet de remodelage du pays comme le lui susurrent en permanence les puissances d’argent, tapies dans l’ombre dont il faudrait urgemment les sortir. Pour y parvenir, l’aspirateur des voix de droite est en branle avec des décisions comme la nouvelle loi sécurité, la défiscalisation des heures supplémentaires, la fameuse prime contre l’augmentation du SMIC prise dans le programme de l’extrême droite. M. Macron semble décidé, à quelques cent jours du scrutin européen, à multiplier les meetings retransmis à satiété par les grandes chaines d’information sans que ne soit soulevée la question des comptes de campagne. Espérant intimider par sa maîtrise technique des dossiers, il évacue tous les ressentis humains de cette France délaissée, blessée, minée par les inégalités, qui s’exprime si sincèrement et si vaillamment.

L’intermède de la signature du traité dit d’Aix-la-Chapelle avec Mme Merkel et les pauvres débats qu’il a suscité en France est significatif du contenu que M. Macron souhaite donner à la campagne des européennes. L’extrême-droite a servi une fois encore d’idiot utile pour pourrir toute discussion et surtout désarmer les classes populaires face aux combats cruciaux. En diffusant le mensonge selon lequel ce texte préparerait l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par l’Allemagne, elle détourne le regard de son véritable objectif, à savoir l’approfondissement de l’intégration européenne selon les désirs des élites capitalistes de France et d’Allemagne, en actant les déséquilibres au profit de cette dernière. Peut-être faut-il voir dans cette stratégie de l’extrême droite un désir de pousser à une intégration capitaliste renforcée au sein de l’Union si les gouvernements européens continuaient à tomber comme des dominos dans son escarcelle, en faisant voter des lois qui rivalisent d’une violence antisociale à laquelle ne sont pas encore risqués les libéraux : semaine de 67 heures en Autriche, loi dite « esclavagiste » en Hongrie faisant passer le nombre légal d’heures supplémentaires de 250 à 400 par an, voire le revenu minimum en Italie dont les contreparties enchaînent les classes populaires aux objectifs patronaux.

C’est bien l’enfermement du débat entre l’extrême droite violente et démagogique et l’ultra-libéralisme asservissant, méprisant et liberticide qui se prépare sournoisement. Laisser faire causerait un dommage considérable aux intérêts populaires. L’exemple du Brexit devrait éclairer sur ces fausses querelles qui écartent en permanence les questions de fond sur la Banque centrale européenne, les traités, le pouvoir des marchés financiers, l’emploi, pour toujours atterrir sur l’une des deux faces -mondialiste ou patriote- de la même pièce, et empêcher à toute perspective de transformation de frayer son chemin. Il est encore tant de déjouer le piège. La journée de mobilisation syndicale du 5 février mérite d’être un important moment de convergence nationale, en épaulant et renforçant des revendications progressistes qui ont d’ores et déjà émergé du débat créé par les gilets jaunes.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 31 janvier 2019)

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