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Ne pas affaiblir le combat contre l’antisémitisme

Jusqu’au plus haut niveau du pouvoir, on tord les mots au chalumeau pour mieux mener la guerre idéologique. Ce n’est évidemment pas nous qui allons contester la recrudescence de paroles et d’actes antisémites et racistes. Et, nous ne sommes pas prêts de baisser la garde dans ce combat, aux côtés de tous les démocrates et républicains.

Nous sommes en cela fidèles au fondateur de « L’Humanité » lorsqu’il défendit avec force le capitaine Dreyfus, jusqu’à son effort de conviction dans son propre parti. Fidèles aux communistes qui ont été reconnus comme des « justes », protégeant et sauvant des familles juive durant la seconde guerre mondiale jusque dans les camps nazis, nous considérons l’antisémitisme et tous les racismes non pas comme des opinions mais comme des délits relevant des tribunaux. L’arsenal législatif est puissant pour chasser toutes les dérives, notamment grâce à la loi portée par Jean-Claude Gayssot.

L’État d’Israël, dont nous ne contestons, comme du reste aucune formation politique en France, ni l’existence et le droit à exister, n’avait pas encore vu le jour lorsque les policiers français ont en juillet 1941 arrêté 13.000 juifs dont des milliers d’enfants mineurs, pour les déporter vers les camps d’extermination.

Tous les juifs ne partagèrent pas, non plus, le projet de Théodore Herzl fondateur de ce que l’on appela le sionisme, théorisant la nécessité d’un foyer national Juif. Ceci ne fit pas d’eux des « anti » sionistes. Il s’agissait en l’occurrence et il s’agit toujours d’une opinion politique partagée par de nombreux juifs à travers le monde et jusqu’en Israël (1).

S’il est vrai que des théoriciens d’extrême-droite utilisent depuis quelque temps le mot « antisionisme » pour camoufler leur antisémitisme, on ne peut, comme s’y emploie l’actuelle majorité, affronter ce stratagème par une réponse quasi-symétrique reprenant l’argumentaire du gouvernement d’union de droite extrême et d’extrême-droite de Tel-Aviv.

Celui-ci qualifie désormais d’antisémite toute personne qui conteste sa politique d’occupation et de vol des terres de la Palestine. Les propos tenus par le président de la République lors du diner annuel du CRIF, selon lesquels « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme », sont en contradiction avec nos principes républicains. Ce n’est ici que la copie conforme de la définition inventée par le très réactionnaire et raciste gouvernement israélien, désormais soutenue par les institutions européennes dont une majorité du Parlement européen.

Ce brouillage organisé n’a que pour objectif, non pas de protéger les juifs, mais de blanchir les exactions d’un gouvernement d’extrême droite qui bafoue chaque jour un peu plus le droit international,  colonise et étrangle un peuple, lui vole ses terres, son eau, emprisonne ses enfants. Ce même gouvernement qui, en Europe, a pour alliés d’authentiques antisémites avec les gouvernements d’extrême-droite du groupe dit de Višegrad dont la Pologne ou la Hongrie de M. Orban qui n’hésite pas à convoquer le vieux et rance fond antisémite du nationalisme hongrois dans sa guerre contre M. Georges Soros.

S’aligner sur l’ultra-droite israélienne revient à désarmer les militants du droit international qui édicte que les Palestiniens ont droit eux aussi à une patrie et à un État. An nom même du combat sans faille que nous menons contre l’antisémitisme, nous mettons en garde contre les dérives actuelles, menant tout droit à un totalitarisme dès lors qu’il deviendrait répréhensible de critiquer la radicalisation droitière du pouvoir en Israël dans un alignement sur ses thèses et celle du pouvoir trumpiste. On ne peut à la fois discourir sur la « souveraineté européenne » et s’aligner sur le pire ! Le combat contre l’antisémitisme en serait affaibli. La République en serait ébréchée.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 27 février 2019)

(1) Dans une lettre ouverte qu’il adressait en juillet 2017 à Emmanuel Macron, l’historien israélien Shlomo Sand expliquait pourquoi il ne pouvait pas « être sioniste ». « Je suis un citoyen désireux que l’Etat dans lequel il vit soit une République israélienne, et non pas un Etat communautaire juif. »

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