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Cette grave surdité gouvernementale

L’onction d’un panel d’intellectuels réuni au « palais » devait permettre de conclure en beauté une étape du débat voulu par le Président. Beaucoup d’entre elles et eux ont été douchés par cette expérience dont il était pourtant aisé de prévoir qu’elle ne trancherait en rien avec les méthodes utilisées jusqu’ici : on pouvait y parler de tout, sauf de ce que le président proscrit ; en dehors des clous budgétaires imposés en connivence avec les institutions européennes, point de débat et encore moins de solutions ! Les intellectuels ont ainsi été rabaissés au choix au rang d’élèves ou d’experts comptables de Bercy…

L’opinion continue pourtant à soutenir majoritairement le mouvement des gilets jaunes, comme la journée d’action initiée par la CGT, FO et la FSU. Les causes de cette contestation sont bien trop profondes pour qu’elles s’éteignent d’elles-mêmes. En évacuant brutalement les ronds-points, poumons démocratiques du mouvement, sans répondre aux revendications qui s’y sont formulées, le gouvernement a créé les conditions d’un durcissement dans les villes. Il répond aujourd’hui à l’impasse politique qu’il a lui-même provoquée par un recours crescendo à la force, et cette fois-ci pas la moindre, en sortant les militaires dans la rue.

Pendant ce temps, les algorithmes des ordinateurs gouvernementaux sont au travail pour décortiquer les contributions au « grand débat » déposées sur le site dédié. Mais les machines ne diront pas autre chose que ce que tant d’humains expriment depuis plus de quatre mois : les français veulent que leur pouvoir d’achat s’améliore, plus de services publics, l’arrêt des privatisations, la justice fiscale et sociale. Autant de choses mille fois répétées ici et ailleurs, ne recevant en guise de réponse que le mépris, la morgue, l’indifférence. Le Président, le gouvernement et leur majorité parlementaire sont pris au piège du face à face avec le peuple que l’extrême droite est continuellement appelée à arbitrer. Pendant les monologues présidentiels, le gouvernement fait passer en force la privatisation injustifiable de trois entreprises publiques rentables : les aéroports de Paris, Engie, La Française des jeux. Des décisions absurdes qui s’opposent à une revendication fondamentale des gilets jaunes : la maitrise collective des infrastructures et le développement des services publics. Cette offrande aux marchés dit exactement qui sert le pouvoir.

Quoiqu’exprime le pays, quoi que disent les syndicats et les oppositions parlementaires, le gouvernement répète qu’il ne cédera rien d’autre que les 10 milliards pris dans la poche des Français au mois de décembre. Tous les artifices de communication ne parviendront pas à cacher la volonté présidentielle de foncer tête baissée pour appliquer l’intégralité de son programme de campagne, si fortement désavoué qu’il est aujourd’hui assorti d’une grave restriction des libertés publiques. C’est le système capitaliste qui se défend avec tous les moyens à sa disposition pour perdurer et se sauver.

La méthode de M. Macron recèle pourtant une faiblesse fondamentale : une fois l’agitation présidentielle retombée, sans doute aux lendemains de la campagne des élections européennes menée de manière illicite sur le dos du « grand débat », les revendications sociales et démocratiques pourraient s’affirmer plus largement, prenant appui sur ces quatre mois de contestation. La journée de mobilisation syndicale de mercredi dernier en donne un indice : un quart des enseignants du primaire ont arrêté le travail, signifiant un ras-le-bol profond face aux méthodes de management déployées dans l’Éducation Nationale. D’autres pourraient suivre.

Si M. Macron arrête de pédaler, il tombera de son vélo. Il est donc condamné à une agitation perpétuelle et poussé à l’autoritarisme, seuls moyens de continuer à cadenasser la souveraineté populaire mais au prix d’une usure démocratique qui peut s’avérer extrêmement dangereuse pour le pays.

Patrick le Hyaric (L’HD, le 28 mars 2019)

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