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Carnet de voyage à Cuba (avril 2019)

1) J'ai fêté mes 60 ans à Cuba, j'y tenais car c'est aussi l'anniversaire de la révolution Cubaine. Depuis le discours de Fidel Castro à l'ONU sur sa volonté que Cuba soit respectée dans ses échanges économiques avec les USA, donc que le prix du sucre soit payé à sa juste valeur, la réponse fut furieuse et le refus d'allégeance des Cubains se traduisit par la nationalisation des avoirs yankees  avec indemnisation. Les USA mirent en place le blocus qui dure depuis 60 ans et qui peut être qualifié de génocide tant il entrave tout sur l'île.

Trump a renforcé ces mesures en réactivant des lois  faisant condamner toute entreprise, quelle que soit son origine, qui commercerait avec Cuba. Les Cubains font preuve d'une détermination et d'une imagination sans commune mesure. J'ai pu observer leur dextérité par exemple sur la vulcanisation, car rustines et chambres à air de vélo ne peuvent être importées. Des médicaments ne peuvent plus être fabriqués ici faute de matières premières. Les importations de pièces détachées automobiles, machines outils sont impossibles. Ces lois iniques furent complétées dans leur sordidité par la loi Torricelli (votée dans les années 90 puis complétée par la loi Helms Burton) qui interdit à tous les pays du globe  de débarquer des marchandises dans les ports Cubains sous peine de rétorsion immédiate des USA et donc d' arrêt de toutes ventes avec ces derniers. De fait de très nombreux Cubains assurent individuellement le commerce en allant acheter directement au Panama, à Haïti ou même à Miami des marchandises qu'ils revendent au marché souterrain. Cela a pour fonction de donner de l'air au marché Cubain tout en faisant grimper dangereusement les prix. La conséquence directe réside dans une inflation que l'État Cubain ne peut contrôler, les médicaments autrefois remboursés par l’État ne le sont  plus du fait  du blocus car celui ci interdit aux majors des composants des médicaments  d'exporter vers Cuba. De la même manière les transferts bancaires internationaux, n'étaient pas autorisés par les maîtres du dollar et du monde. Le nouveau président fasciste du Brésil J. Bolsonaro a cru bon, après avoir en première mesure congédié tous les médecins Cubains et anéanti des années de travail, de couper complètement les approvisionnements de Cuba en huile, poulets et poussins, ce qui conduit bien sûr à une pénurie de denrées alimentaires. Du fait des cyclones et tempêtes les accouvoirs pour poussins ne peuvent exister à Cuba. Le développement de Cuba est donc ralenti, Cuba est coupable pour les maîtres des bourses occidentales d'avoir choisi avec son peuple une autre voie que celle de l'exploitation de l'homme par une poignée de prédateurs.

2) Après avoir déjeuné un Moro, plat national d'haricots noirs de riz accompagnés d'une bière cristal dans un patio qui pourrait être Andalou, passé colonial oblige. La maison de Victor Hugo nous est ouverte d'un bleu indigo délavé. Notre grand homme national est vivement célèbre ici grâce a ses déclarations sur les femmes cubaines et l'esclavage. Ma fiancée demeure les yeux écarquillés devant tant de paradoxes à la Havane. En pleine plaça vieja, les écoliers déroulent leurs activités physiques à 10 mètres de leur école et face aux charters de touristes qui ne savent plus ce qu'ils doivent photographier ? Les enfants ou les monuments rénovés ? La Habana vieja est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, donc tout est en travaux sous les yeux hagards des cubains, vendeurs de fruits et légumes ou menuisiers ou cyclo-taxi. La chaleur a augmenté et celle des cubains déjà se fait bien sentir. Ici on ne vous dit pas madame où Monsieur mais « mi amor » si c'est une femme qui s'adresse a vous. Mon petit fils est invité à conduire un cyclo-taxi sous l'œil bienveillant du chauffeur en échange d'une discussion sur la vie ici, quoi de plus normal ! Les monumentales portes du musée des arts cubains nous invitent aux peintures des artistes, Hernandez, Martinez, Ribera… qui déclinent dans une diversité hétéroclite des couleurs et des formes dignes de nos Matisse, Miro, Chagall, Hadler, ainsi que des bronzes et arts plastiques. Deux heures de rêves plus tard, la foule de cubains, jeunes, métisses et les hordes de touristes ne désemplissent pas la Habana Vieja sous les pavés ouverts en maints endroits des canalisations éventrées. Le balayeur continue son œuvre de salubrité publique un puro accroché a la lèvre.

3) Vinales est la partie de l'île réputée pour son tabac et ses purs havanes puisque la production mondialement connue et la confection des cigares se concentrent ici. L'économie cubaine tente de trouver un nouveau souffle avec le développement du tourisme et Vinales répond à cette demande. Cette région forte d'un environnement exceptionnel est classée pour partie en parc national, les cultures à l intérieur du parc sont donc exemptes de chimie de synthèse, (tabac, café, fruitiers, maïs) et bien sûr légumes, pour ces derniers, ils sont Bio partout à Cuba. Vinales dispose d'un relief montagneux calcaire, idéal pour la randonnée, l'escalade, les baignades et la spéléologie à 25 kms de la mer.

J'ai rencontré Iann qui est médecin de son état à Pinar d'El Rio et qui vient aider ses frères dans la finca familiale de 14 ha avec la seule ambition de faire découvrir le patrimoine naturel, la biodiversité cultivée dont le tabac. A Vinales avant la révolution en 1959, il y avait un seul propriétaire pour 30.000 ha. Il a fuit en 1959 et la réforme agraire de 1964 a répartie les terres à ceux qui la travaillaient en petites propriétés. 98% de la production de tabac est dédiée aux manufactures d'état, le reste est à la disposition des paysans qui se sont diversifiés en « accueil paysan » en proposant de la restauration et des boissons, de l'artisanat à partir des produits de la ferme. Iann propose donc quand il peut se dégager de l'hôpital public, l'histoire du tabac en Bio, du semis, à la sélection des feuilles, puis au séchage des feuilles en granges durant trois mois. Ensuite il réalise un pur Havane qu'il pourra vendre car il sera reconnu et identifié dans son emballage en palme. Le dernier temps sera celui de l'apprentissage pour savourer un pur Havane dont l'extrémité sera trempée dans le miel. Le patrimoine culturel est donc ici vecteur des savoirs faire paysans qui sont grandement valorisés. A Vinales, la finca de la cueva de la vaca est incontournable.

4) La route fut longue et chaude jusqu'à Trinidad, promesse oblige, nous devions faire les visites qui s'imposent pour que mon petit fils rencontre ses grands parents et toute la partie cubaine de sa famille. Ici la famille est sacrée et le castrisme s'est amplement reposé dessus pour passer dans le temps. Après avoir déjeuné avec les grands parents, nous sommes allés pêcher et nager dans la mer des Caraïbes. Trinidad possède un passé colonial, archéologique, historique très intense et une vie culturelle qui en fait un des haut lieu le plus visité à Cuba. Cité inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Aujourd'hui nous sommes invités a Elegua qui signifie et sacralise le début de la vie de l'enfant Cubain. Cette fête est animiste et provient des traditions africaines très fortes à Cuba.

L'île est le reflet des conquêtes Espagnoles et bien sûr de la traite des esclaves. La société cubaine est complètement métissée et toutes les couleurs la composent. Aucun racisme à Cuba, des personnes différentes, des couples mixtes et colorés qui passent leur temps à s'aimer. Elegua consacre donc une sacralisation avec la remontée puissante de la mère Africaine porteuse de sens depuis 4 siècles. Des tambours et des chants, des rituels et des embrassades inaugurent l'après midi sous un flot d'offrandes destiné à Elegua. Cuba est ainsi, diverse, paradoxale, hétéroclite et fière de ses diverses cultures. Décrypter la société Cubaine avec l'ethnocentrisme occidentale est une imposture. Il convient donc de savourer toutes les toiles dans une palette de couleurs inexistante pour nous.

5) Après avoir rejoint media Luna à trois heures de Bayamo et à 900 kms de la Havane, l’Orienté nous ouvre ses portes. Il s'agit de démarrer un périple à vélo qui nous amènera au terme d'une dizaine de jours à Baracoa, ville de l'extrême Oriente par laquelle Colomb mis les pieds sur l île de Cuba il y a plus de 5 siècles. Cette Oriente est très caractéristique sur l île puisque Santiago de Cuba fut capitale avant la Habana mais aussi parce que la musique cubaine dont le Son est la plus belle expression est originaire de Santiago, la troisième raison est que la révolution cubaine s'est construite et structurée ici avec les figures historiques de Fidel Castro, Che Guevara et Camillo Cienfuego. Les paysages sont ici fantasmagoriques, fabriqués par des millénaires de luttes entre les éléments, ici la sierra Maestria plonge dans la mer. Les cyclones et tornades détruisent routes et infrastructures régulièrement. J ai pu observer que malgré cela le réseau d'électricité est en parfait état et alimente, habitats et infrastructures. Les polycliniques et médecins, les écoles sont présents dans le moindre village. Ceci est le fruit concret de cette révolution. Cuba a alphabétise 98% de sa population et la santé est gratuite. Tous les échanges que nous avons avec les cubains sont empreints d'humilité et de bienveillance. Ici pas de crime ni d'organisation mafieuse et les cubains se font un point d'honneur à recevoir mais aussi à converser en essayant d' aborder tous les sujets possibles. Nous réalisons une halte au village d'Uvero, haut lieu d'une bataille entre les rebelles emmenés par Castro et les militaires du dictateur Batista. La prise d'Uvero par Castro renversa le cours de la lutte armée en 1957. Ce monument bâti dans la sierra fut réalisé par tout le village et une brigade de volontaires à la main. Un échange avec un vendeur de sandwiches qui avait connu la prise d'Uvero nous informa de la peur qu’avait la population car quand les rebelles s'emparaient d'une position, Batista bombardait les villages.

6) Parti de la zone désertique de Macambo, nous avons rejoint Cabolojo puis grimpé la Farola, la route entre la mer Caraïbes et l’océan Atlantique a été réalisée en 1965, elle coupe la Sierra dans un paysage subtropical où se côtoient cocotiers, palmiers royaux, bananiers et une végétation dense et une biodiversité protégée. L’ascension est difficile et nos arrêts nous amènent à la visite d'une école où il y a 9 enfants sur trois niveaux. La devise de l'état Cubain est un enfant une école pour réellement couvrir tous les besoins. L'hymne national sera chanté puis à notre tour d'entonner la Marseillaise. La chaleur est dense et humide, nous sommes loin des balades dans les Baronnies.

Au détour d'un virage nous achetons des bananes roses et entamons la discussion avec une femme jeune qui porte un bébé dans les bras. Elle vient d’accoucher à Baracoa. Le système de prévention Cubain a mis en place des maisons des mères où celles ci se rendent un mois avant d'accoucher. Un suivi est organisé ainsi que des échanges avec les autres mères. Les taux de mortalité infantile sont les plus bas du monde. Nous arrivons à Baracoa au bout de 6 heures de bicyclette. Le Malecon est sous le feu d'un soleil brûlant. Cette ville fut le lieu de débarquement de C. Colomb en 1511 et donc la première capitale de l'île. En 2016 elle a été ravagée par le cyclone Matthew qui a ruiné en partie l'économie locale. Electec, l'entreprise publique d'électricité avait envoyé de tout le pays 600 travailleurs qui rétablirent le courant en trois jours. Une école fut rasée et reconstruite, les immeubles repeints et les arbres replantés. Grâce au système de prévention de la sécurité civile aucun mort ne fut dénombré, ce qui tranche avec les 300 personnes qui ont perdu la vie à Haïti ou avec le traitement de Saint Martin. Une soirée de repos bien méritée chez notre ami Daniel où la bière est bienvenue. Un repas créole fait de poissons frais, de riz, de haricots rouges et de tomates, concombres et choux nous requinque dans une ambiance moïte et chaleureuse. Yumuri nous attend. Les Espagnols ne sont pas parvenus à esclavagiser  les indiens qui préféraient se jeter du haut de la falaise qui longe le célèbre fleuve Yumuri plutôt que de finir comme esclave. Avant de se jeter les indiens criaient « Yo mourir », d'où le nom de Youmouri.

7) Baracoa a inauguré pour notre plus grand plaisir son carnaval face au Malecon. Des milliers de personnes participent à cet événement sous la bienveillance intéressée des camelots et autres vendeurs de plats créoles et de boissons en tout genre. Des ballets multicolores des écoles de danses de Baracoa se succèdent. Notre séjour fut riche de rencontres avec l’immense biodiversité sauvage mais aussi celle des hommes qui forgèrent ce territoire durant plus de cinq cents ans. De l'Indien rebelle Hatuey que les Espagnols immolèrent aux combattants de la révolution qui affrontèrent les forces de répression permanente des maîtres esclavagistes et colons, Baracoa, c'est aussi 30 fleuves, la polyculture du café, du cacao et des bananiers. Le cyclone Matthew a fortement remis en question les équilibres écologiques et agricoles de cette zone. Le chemin de retour nous fait nous arrêter à Santiago de Cuba. Une visite incontournable à la casa de la Musica nous fera apprécier de nouveau le Son et le Manbo autour d'un verre de cachanchera que rythmeront des danseurs de tous âges et des touristes s'initiant dans ce temple de la danse. 600 kms plus à l'ouest, Santa Clara nous apparaît sous l'œil vigilant de Che Guevara qui commandait les opérations de l'armée rebelle en 1958 face au dictateur Batista.

Le « CHE » est devenu le porteur d'imaginaire pour le peuple Cubain mais aussi pour tous les peuples opprimés de la planète. Santa Clara porte une partie de cet imaginaire car c'est une ville très universitaire. A Cuba les étudiants sont intégralement pris en charge par l’État y compris les repas et quelque soit la discipline. La fierté du papa de Norvis rencontré à Baracoa est bien celle d'avoir 4 filles qui ont toutes été reçu en Master. L'afflux de tant d'étudiants pose à la société Cubaine d'autres problématiques telle celle de garder des forces de travail jeunes à la terre et dans le monde agricole. La réforme agraire de 1959 a permis de réquisitionner les terres des grands propriétaires esclavagistes et d'installer des millions de paysans en partageant les terres, sans en faire un instrument de spéculation comme en France. Chaque paysan se voit attribuer des parcelles avec un engagement de production. Le reste de la production privée lui permet un revenu complémentaire. Le réchauffement climatique pose de plus en plus de problèmes à l'agriculture sur la raréfaction des fourrages et donc des productions sont mises à mal et complètement saisonnières. Néanmoins le constat demeure que ce pays avec très peu de moyen du fait du blocus a permis une véritable révolution grâce à la réforme agraire, l'espace rural est complètement organisé. Les enjeux à venir résident davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour faire cesser le blocus afin que l'arme alimentaire utilisée comme arme de guerre par les USA, ne puisse être efficace. Au delà des aspects évoqués, la société Cubaine demeure pacifique, fraternelle et solidaire. Chaque village traversé, chaque rencontre a été empreinte de bienveillance et aussi de jeux de mots, d'humour avec tous nos interlocuteurs. Quelque soit la place sociale occupée, leader du championnat de baseball, chirurgien, paysan, directeur de l'entreprise électrique ou femme de ménage ; la discussion est toujours franche et sans circonvolution, abordable et sans langue de bois. Ce formidable voyage a pu se dérouler grâce à la connaissance de Cuba de Mon camarade M Bello qui est entièrement impliqué dans la solidarité avec le peuple Cubain depuis 25 ans, la bienveillance de mes camarades A. Viau et D. Labeyrie. Nos bicyclettes sont devenues Cubaines et nous davantage convaincus qu'un autre monde est possible débarrassé du capitalisme.

Pascal Lachaud

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