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Pour sauver l’Humanité, les salariés ont pris leurs responsabilités. Aux autres acteurs de s’engager maintenant !

Communiqués de la section syndicale SNJ de l’Humanité, l’Humanité Dimanche et humanité.fr

Chacun peut le constater, depuis des années et, a fortiori, depuis le placement en redressement judiciaire du 7 février : l’Humanité jouit d’un soutien et d’un engagement sans équivalents dans le paysage sinistré de la presse écrite en France. Nos journaux sont un bien commun, avons-nous coutume de dire. Ils sont, à l’évidence, sous protection citoyenne et populaire.

Après un mois et demi de négociations entre la direction, les administrateurs judiciaires et leurs représentants syndicaux, les salariés de l’Humanité s’apprêtent à payer le prix fort pour participer à l’effort collectif et assurer l’avenir du journal fondé il y a 115 ans par Jean Jaurès : dans les prochaines semaines, 41 postes (sur un total de 157, hors pigistes) vont être supprimés, dont ceux de 28 journalistes et de 13 cadres ou employés.

En signant, aux côtés des autres organisations syndicales, l’accord social unanime sur le «plan de sauvegarde de l’emploi» (PSE), la section syndicale SNJ de l’Humanité a pris ses responsabilités, en veillant à limiter le plus possible la casse pour les salariés. À travers les 2,3 millions d’euros d’économies annuelles sur la masse salariale qui en résulteront, les personnels mettent concrètement le journal sous leur protection, et assument toute leur part de l’effort de redressement. Cela vient compléter l’engagement sans faille de nos lecteurs et de nos amis qui participent massivement à la souscription : 2,4 millions d’euros ont été recueillis depuis le début de l’année.

Mais cet engagement commun n’a rien d’un chèque en blanc pour la suite. Nous exigeons à présent que tous les autres acteurs en présence participent, à la hauteur des sacrifices imposés aux salariés, au sauvetage et à la relance de l’Humanité. C’est maintenant à la direction, aux administrateurs judiciaires, aux créanciers, au régime de garantie des salaires (AGS), à nos actionnaires et à l’Etat de jouer leurs rôles.

Ils le doivent bien aux dizaines de collègues et camarades qui vont quitter l’Humanité après des années au service de ses valeurs et de ses idéaux. Au SNJ, nous saluons l’engagement de chacun d’entre eux, en restant disponibles pour la suite. Ils le doivent aussi aux salariés qui restent à l’Humanité et qui, dans l’attente des créations de postes prévues dans l’accord collectif -10 postes (éditeurs multimédias, data-journalistes, etc.) devront être pourvus au plus vite, à l’issue du plan, à partir du mois d’août-, vont encaisser un surcroît considérable de travail. Ils le doivent, enfin, à nos lecteurs et à nos soutiens qui, pour beaucoup, se saignent afin de permettre à nos journaux de surmonter les mauvaises passes et de survivre.

A l’issue d’un plan de suppression d’emplois sans précédent dans l’histoire récente de l’Humanité, la direction du journal ne peut camper sur les positions stratégiques qui nous ont conduit au redressement judiciaire : défiance à l’encontre des personnels qui sont pourtant les meilleurs experts de leur propre travail, multiplication de projets périphériques - sans lien avec la vocation éditoriale de l’entreprise qui est de produire un quotidien (l’Humanité), un hebdomadaire (l’Humanité Dimanche) et un site web (humanité.fr) -, défaillances à la diffusion et au web, horizon lointain d’une recapitalisation par le biais d’un groupe ou d’entreprises investissant sur des « projets » numériques, etc.

Pour nous, c’est bien sur le cœur de l’activité et de la vocation historique de l’Humanité qu’il faut se concentrer désormais: réinventer nos titres en restant fidèles à leurs principes cardinaux, s’attacher à les faire rayonner, les vendre et les diffuser sur papier comme sur le web. Ces défis appellent à un changement radical en interne: il faut tout remettre à plat et associer désormais, sans aucune discrimination, les personnels qui ont des propositions à faire et la volonté de s’impliquer. La situation appelle un saut qualitatif dans nos échanges. A nos yeux, la réorganisation des rédactions ne peut tenir lieu de réponse structurelle, et on ne fera pas l’impasse d’une discussion de fond sur nos traitements éditoriaux.

Mais ça n’est pas tout. Les administrateurs judiciaires doivent tenir leurs promesses dans la phase de renégociation des dettes de l’entreprise : à de multiples reprises, ces derniers mois, ils ont expliqué attendre un signal fort des salariés de l’Humanité, avant de pouvoir aller à la rencontre des créanciers. Nous avons contesté, à chaque occasion, cette logique qui faisait des personnels de l’Humanité la première variable du plan de sauvetage… Mais aujourd’hui, avec le plan de restructuration en cours, ce signal fort, ils l’ont ! A eux de ne pas le gâcher et de donner les moyens à nos journaux de se remettre à flots et de repartir de l’avant.

Enfin, dans cette phase, l’Etat ne peut pas rester plus longtemps indifférent. Sauf à piétiner son obligation constitutionnelle de garantir la liberté de la presse et de préserver le pluralisme. A l’heure où la diffusion de nos titres papier diminuent sous l’effet de la raréfaction des points de vente, où la distribution de la presse est en grand danger, où nos sites sont pillés par les mastodontes du net - dont les profits s’évaporent dans des paradis fiscaux -, et où les revenus du numérique peinent à prendre le relais, le gouvernement doit assurer la survie de titres indépendants des puissances financières aussi emblématiques que l’Humanité.

Entendons-nous bien : nous souhaitons le succès de toutes les initiatives permettant d’étayer les fondations de nos journaux. Si, par exemple, la « plateforme Travail » voit le jour -et même si nous ne comprenons pas bien pourquoi, précisément, elle devrait être séparée de l’expertise reconnue de l’Humanité en matière sociale-, nous espérons qu’elle atteindra les objectifs financiers fixés à présent. Mais nous sommes sûrs qu’on peut faire mieux déjà, sur des pistes autrement centrales pour nos journaux. Quand la bataille est menée publiquement, de manière offensive et transparente, on obtient des résultats, car on fédère largement autour du journal : on a pu le voir, avec la hausse des abonnements et de la souscription, en février et en mars, avant que l’enjeu de la bataille pour l’Humanité ne disparaisse un peu des radars pendant la négociation du plan de suppression d’emplois…

Oui, nous le maintenons : on peut obtenir des résultats meilleurs encore sur les abonnements en se mobilisant collectivement. Loin des tractations en coulisses ou dans l’ombre, il faut ouvrir les portes de nos journaux à toutes celles et ceux, lecteurs et sympathisants, militants politiques, syndicaux, associatifs, jeunes ou plus anciens. A cet égard, nous sommes plus que jamais convaincus que la mise en place d’un sociétariat populaire, grâce à notre label d’entreprise solidaire de presse ou via le fonds de dotation, constitue une voie solide et pérenne pour mettre l’Humanité sous protection citoyenne. Pour rappel, le SNJ a, au printemps, évoqué une bataille publique qui viserait à abonder le capital du journal, par ce biais, à la hauteur de 2,5 millions d’euros. Cela nous paraît possible - il suffirait d’avoir l’ambition de rassembler des centaines de sociétaires versant plusieurs milliers d’euros chacun -, et personne ne pourrait comprendre qu’on y renonce ou qu’on avance encore à reculons sur cette voie…

Il nous faut rassembler concrètement autour de nos journaux. La Fête de l’Humanité en fournira l’occasion, mais on ne peut se contenter de ce rendez-vous ponctuel… Il faut tisser des liens bien plus étroits et réguliers avec nos lecteurs et nos soutiens. Cela nous paraît être la meilleure voie pour garantir notre indépendance et nous préserver définitivement d’éventuels prédateurs. Pourquoi ne pas faire évoluer notre structure juridique vers une société coopérative d’intérêt collectif (Scic) ? Nous offririons à tous nos soutiens volontaires et déclarés la possibilité de devenir sociétaires solidaires et égaux, sans pour autant distinguer en fonction des contributeurs, qu’ils participent à la souscription, au fonds de dotation ou à tout autre mécanisme… Nous sécuriserions l’entreprise en faisant de l’Humanité un bien commun incessible et impartageable. Ces perspectives sont à notre sens bien plus transparentes et porteuses d’avenir que tout autre montage juridique de circonstance. Elles nous protègent à la fois des risques de cession, de rachat et de liquidation.

Le sort et le destin de l’Humanité dépassent évidemment chacun d’entre nous, à tous les échelons de l’entreprise. Mais collectivement nous devons nous porter à la hauteur des enjeux. Les salariés viennent de le faire. C’est au tour de tous les autres acteurs de se hisser à ce niveau. Faute de quoi, on aura fait payer à nos lecteurs et aux salariés la facture salée d’un immense gâchis. Nous ne l’accepterons pas.

Saint-Denis, le 04 Juillet 2019

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