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Cette rigueur qui ampute l’avenir

Sur le ton assuré d’un gardien du temple, le ministre du budget M. Darmanin a déclaré le 21 août dernier : « ce n’est pas parce que les taux sont bas que nous allons relâcher notre effort pour les dépensespubliques ». Pour bien se faire comprendre, il a insisté sur la poursuite de « son sérieux budgétaire ».  Cette année, notre pays va économiser deux milliards d’euros sur les intérêts versés sur les emprunts ou sur la dette. Et, pour le budget de l’an prochain, cette économie peut encore augmenter car les taux d’intérêts sont en moyenne quasi-nul. Ce serait le moment de sortir des choix d’austérité fait depuis des années et d’envisager de se donner des moyens d’affronter les grands défis de l’heure. Ces derniers appellent une relance des dépenses publiques, sociales et des investissements utiles, à rebours des discours dominants. L’actualité de ces derniers jours nous en apporte une lumineuse démonstration.

On ne peut apporter une solution viable aux urgences dans les hôpitaux avec les maigres 70 millions d’€ promis récemment. Plusieurs études montrent désormais que ce sont au bas mot trois milliards d’investissements qu’il faudrait engager pour améliorer nos services de santé. Il en est de même pour l’école et la formation.

La semaine passée, un nouveau rapport inquiétait sur la situation du réseau ferroviaire. Cela fait des décennies que les cheminots alertent sur les conséquences qu’induisent les restrictions de crédit et la suppression des postes de travail, notamment pour l’entretien des voies. Il est insupportable que la SNCF verse plus de deux milliards de frais financiers aux banques quand on peut emprunter aujourd’hui à taux négatif. Si le gouvernement voulait faire pression sur les banques, on peut vite doubler, voire tripler les crédits annuels pour réparer et améliorer notre réseau ferroviaire et développer le transport de marchandises sur rail à la place du camion. Il en est de même du nécessaire investissement dans l’entretien des ponts et des routes, de bâtiments publics, d’écoles ou de commissariats.

Que dire du véritable scandale sanitaire dénoncé par un groupe de médecins qui vient d’alerter sur le manque de plus de 850 médicaments dans notre pays. Une partie d’entre eux sont absolument indispensables à des traitements lourds, vitaux pour les malades. Il en est ainsi car la loi du profit conduit à délocaliser les productions et à ne fabriquer les médicaments que comme des pièces automobiles, à flux tendu. C’est inhumain ! Qu’attend-on, en lien avec les hôpitaux, pour investir dans un pôle public du médicament pour sortir de cette aberration.

La prolongation des restrictions de dépenses publiques compromet l’avenir. Elle n’a rien à voir avec une saine gestion mais tout avec un transfert d’argent public vers le capital. C’est l’assurance d’une dégradation continue des services publics qu’au contraire il faudrait améliorer pour combattre les inégalités, la pauvreté et pour réussir l’indispensable métamorphose écologique. On voit à quel point sont une ineptie les réductions d’impôts et de cotisations sociales aux grandes entreprises et aux banques, les cadeaux aux plus fortunés. La fin de l’impôt sur la fortune dope les dividendes des actionnaires, pas l’emploi, ni la transition écologique. Répondre aux enjeux de la lourde et inquiétante dette écologique et au combat contre les fractures sociales est incompatible avec un système qui se sert des dettes d’état pour nourrir les fonds financiers et les banques. Plus largement, c’est contre l’attaque généralisée, systématique du fondamental principe de solidarité, théorisée en haut lieu, qu’il convient de se rassembler. Le projet d’entamer le système de retraite par répartition en est l’illustration. Là encore, il s’agit de nourrir de la sueur et de l’intelligence des travailleurs des fonds rapaces d’assurance alors que cette épargne est très peu rémunérée en ce moment.

Tout cela sera en débat à la fête de L’Humanité. Le contexte appelle à y participer activement.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 29 août 2019)

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