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Le budget de la nation et nos vies

De toutes parts tout éclate, tout explose sous l’effet d’années de réductions des dépenses sociales utiles. Multiplication des incidents voir des accidents à la SNCF, asphyxie des hôpitaux et de l’ensemble du système de santé, aggravation du malaise à l’école, manque criant de moyens pour la justice et les services de sécurité et de gendarmerie, pompiers pompés, communes et départements aux moyens violemment rabotés.

La liste est longue des dégâts provoqués par l’austérité au nom des absurdes et inefficaces critères des traités européens, eux-mêmes calqués sur ceux des grandes institutions financières internationales. Du reste, c’est dans le monde entier – du Liban, à l’Irak  de l’Argentine à l’Equateur, du Chili à l’Afrique et dans plusieurs pays européen- que les populations commencent à se soulever contre l’inhumanité des restrictions infligées aux familles populaires, quand l’infime minorité des possédants voit son patrimoine gonflé, ses revenus issus des profits et des dividendes mis à l’abri dans des paradis fiscaux grâce à des décideurs politiques gangrenés à plus ou moins grande échelle par la corruption.

Alors que la discussion sur la préparation du budget devrait faire l’objet d’un débat public avec le gouvernement et les parlementaires, tout est fait pour que nos concitoyens n’aient  aucune prise sur les choix à faire. Pire, tout est fait pour les déconnecter de la vie concrète. Tous les citoyens en subissent les conséquences et le pouvoir n’a de cesse de diviser les salariés.

C’est ce qu’il vient de faire concernant la SNCF et l’insécurité que mettent en lumière les cheminots. La même démarche de mépris et de morgue est opposée aux enseignants, aux hospitaliers ou aux pompiers. Le gouvernement ne se place plus du tout du point de vue de l’intérêt général. Il applique avec zèle, comme un vulgaire commissaire politique, les injonctions des puissances d’argent qui en demandent sans cesse plus. L’austérité budgétaire n’est donc pas la conséquence d’une nécessité mais du choix de transférer de plus en plus de moyens destinés aux biens communs vers les détenteurs de capitaux et de patrimoines.

On pourrait commencer à apporter des réponses aux manques de moyens des services publics en créant, aux côtés de la Caisse des dépôts et de la Banque publique d’investissement, un fonds de développement des services publics de 100 milliards d’euros, nourri par des prêts à taux négatifs auprès de la Banque centrale européenne. Ceci permettrait à la fois du mieux-être pour les agents, les usagers ou les locataires tout en prenant le chemin de la transition écologique. Loin de s’y engager, le budget prévoit la suppression de 5.000 postes d’agents affectés au ministère de la transition écologique. L’examen de l’exécution budgétaire depuis l’année 2018 montre que les redevables de l’impôt sur la fortune ont bénéficié d’une ristourne de 10 milliards d’euros, et les entreprises qui profitent du système dit de la Flat-Tax de 5 milliards, quand la diminution de l’impôt sur les sociétés s’élève à plus de 15 milliards d’euros. Il conviendrait d’y ajouter le grand cadeau des 45 milliards lié au CICE pour les entreprises qui ne rendent aucun compte de leur utilisation.

Nous assistons donc bien à un transfert de l’argent public vers le privé sans contrepartie pour le travail et les services publics. C’est l’Etat social que le pouvoir démolit brique par brique. Le combat populaire et unitaire pour la justice fiscale, le développement et la démocratisation des services publics ne devrait donc pas faiblir. Les cheminots comme les personnels de santé ne se liguent pas contre les usagers ou les patients mais bien contre des choix au service des puissances d’argent. Il convient donc de ne pas se laisser prendre aux tentatives de division organisées par le pouvoir et son arsenal médiatique. Que de contorsions déployées pour tenter de contourner la mobilisation et l’unité qui montent contre une contre-réforme des retraites qui, elle aussi, n’a que pour objectif que de nourrir les fonds d’épargne retraite en cours de constitution !

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 24 octobre 2019)

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