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À propos de deux ou trois mensonges

Le dernier « coup » du premier ministre en dit long sur le mépris du pouvoir envers les citoyens et les organisations syndicales. Après avoir tenu des semaines durant le pays en haleine autour de la nécessité d’un « âge pivot » ou « âge d’équilibre », nouveaux paravents pour masquer le recul de l’âge de départ en retraite, puis après l’avoir inscrit dans le projet de loi, il trouve soudain le temps, un samedi après-midi, d’expédier une lettre aux organisations syndicales. Aussitôt, toute l’armada médiatique se met en branle pour accréditer l’idée qu’il vient d’obtenir un « compromis » avec certains syndicats.

Cet âge dit « pivot » n’est pas retiré du tout. Il figure en toute lettre dans l’article 10 de son projet régressif et se trouve confirmé en toutes lettres dans son fameux courrier. La loi « prévoira que le futur système universel comporte un âge d’équilibre » qui « constituera un des leviers de pilotage collectif du système dans la durée ». Et pour le court terme il demande, comme il l’avait fait au moment des changements des règles de l’assurance chômage, aux « partenaires sociaux » de se mettre d’accord, en trois mois, pour un financement pérenne jusqu’à 2027, date de lancement du nouveau régime. Comme ces derniers se voient interdire d’augmenter les cotisations des employeurs, taxer les revenus financiers, décider de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, il ne leur reste plus qu’à choisir la couleur de la corde avec laquelle ils vont être pendus.  On leur demande de faire rentrer le niveau des pensions et la durée du travail dans les clous du rationnement budgétaire. Soyons clair ! Comme M. Edouard Philippe s’attend au même scénario que pour les discussions sur l’assurance chômage, il prévient que le « gouvernement prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre d’ici 2027 et financer les nouvelles mesures. » Rien ne change donc !

La capitalisation, dont M. Macron jurait ses grands dieux qu’elle n’était pas envisageable lors de la campagne présidentielle, est encouragée noir sur blanc dans le projet de loi : « Le secteur de l’assurance est appelé à se mobiliser, afin que le recours à ces véhicules se généralise et que l’économie française puisse ainsi bénéficier pleinement du dynamisme de l’épargne retraite généré par la loi PACTE. » est-il ainsi stipulé, au grand plaisir des marchés financiers et de leurs relais bancaires et assurantiels qui exigent depuis des années de se goinfrer de l’épargne aujourd’hui socialisée au bénéfice de tous.

Les effets du système par point sur le montant des pensions des travailleurs sont toujours autant camouflés pour la simple raison que le pouvoir ne peut avouer qu’elles vont baisser.

Il conviendrait aussi d’énoncer une autre vérité : dès lors que ceux qui gagnent plus de 10.000€ mensuels ne cotiseront plus comme les autres et qu’ils sont appelés à se tourner vers les fonds d’épargne retraite, qualificatif sympathique pour parler des fonds financiers de pensions, nous ne serons pas dans un système « universel » mais dans la destruction des retraites solidaires. D’ailleurs le projet de loi stipule bien que le système sera branché demain sur le « plan d’épargne retraite européen ».

Le pouvoir déploie, avec quelques complices, une opération politique mêlant enfumage et insupportables tour de passe-passe. Toutes celles et tous ceux qui ont douté de la nécessitée de se mobiliser quelque soit leur profession et leur situation, les jeunes qui vont subir cette régression, doivent maintenant se faire entendre dans l’unité populaire. C’est maintenant que cela se joue. Le retrait de ce projet est indispensable pour jeter les bases d’un vrai débat sur une protection sociale et un système de retraite de notre temps et pour tous, pas pour les puissances financières.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 16 janvier 2020)

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