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Un mouvement prometteur

Rarement un bras de fer d’une telle intensité s’est installé entre la société et le pouvoir. Celui-ci s’est développé rapidement après les élections présidentielle et législatives mais était déjà en germe lors les quinquennats précédents.

Le président de la République a cru pouvoir accélérer l’adaptation de la France aux canons du capitalisme financier mondialisé dans une société bouillonnante. Le projet de loi « anti-retraite solidaire » est une grosse pierre sur le faîtage de cet édifice. Il a voulu le faire en utilisant un procédé oblique, faisant croire à une concertation alors que seuls les fonds financiers applaudissaient. En témoignent ces notes au gouvernement du fonds nord-américain BlackRock ou encore cette communication cachée du groupe d’assurance Axa, appelant ouvertement à ouvrir des comptes d’épargne retraite pour faire face à, je cite, « la baisse programmée des futures pensions » parce que « demain, l’ensemble des années travaillées depuis le début de carrière sera pris en compte ».

Et voici que le gouvernement refuse de rendre publiques les études d’impact qu’il a lui-même commandées. Et pour cause ! Celles-ci montrent que le fameux « âge pivot », devenu « d’équilibre », permettant une pension complète, sera de 65 ans pour une personne née en 1975 et de 67 ans si elle est née en 1990. Une majorité de citoyens, par-delà leurs opinions, refusent une telle perspective. Ils refusent de prendre la lourde et grave décision de sacrifier encore plus leurs enfants et petits-enfants sur l’autel doré des BlackRock, Axa, Crédit agricole ou Société générale.

Dans les mobilisations, la conscience de la nature de classe des décisions en cours a considérablement grandi. Dans la suite du mouvement des gilets jaunes, la réalité du travail est mise en scène : c’est la robe que jette l’avocat, le musicien qui donne un concert en plein air, le médecin et l’infirmier qui enlèvent la blouse blanche, l’enseignant qui dépose des livres, l’ouvrier et la technicienne de l’aéronautique qui entassent avec d’autres leurs bleus de travail. Tous disent le lien entre la diversité du travail, son sens, son utilité et le salaire continué que constitue la retraite, autre étape de la vie humaine.

De nouvelles formes d’action s’inventent, de nouvelles jonctions se créent et de nouvelles rencontres s’organisent, fortifiant le sentiment d’intérêt commun contre la caste des possédants. Les visages jeunes, féminins et métissés sont plus visibles, alors que des liens nouveaux se tissent entre les classes populaires et les classes moyennes. L’ouvrier croise et agit de concert avec l’avocat, le médecin, le traminot, le danseur de l’opéra, le docker. Le retraité explique au jeune en quête d’avenir qu’il ne veut pas lui prendre son travail. Le gilet jaune retrouve son collègue du syndicat et défile avec lui, et inversement.

La force du mouvement est donc bien supérieure aux images de télévision et à la superficialité de nombreux commentaires. Le pouvoir doit impérativement en tenir compte plutôt que de miser sur la montée d’une violence qu’il génère. Se placer comme il le fait dans la seule perspective de l’élection présidentielle avec la volonté de capter ce qu’il reste de l’électorat de droite est totalement contraire à l’intérêt général et porteur de terribles désastres sociaux et politiques.

Le refus de discuter sérieusement, l’utilisation de la police, la haine déployée contre les grévistes et les responsables syndicaux, au premier rang desquels Philippe Martinez, participent de cette odieuse panoplie. Même la droite a su, sous la pression populaire, retirer des projets refusés par le peuple. Une telle situation confère de lourdes responsabilités aux forces de gauche et écologistes pour obtenir le retrait de ce projet et pour affronter ensemble les échéances à venir, au moment où, dans les allées du pouvoir, on croit pouvoir faire l’impasse sur les élections municipales jusqu’à en falsifier les résultats. Les réunions et débats communs entamés un peu partout participent de la construction d’un front progressiste susceptible de conforter le mouvement social en cours.

Patrick le Hyaric (L’HD, le 23 janvier 2020)

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