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« Des efforts » ? Mais pour qui ?

Le confinement est donc appelé à durer longtemps encore. À cause de l’absence de durée sidérante de visée stratégique des gouvernements successifs, tout autre choix reviendrait sans doute à déborder les hôpitaux, donc à laisser périr par dizaines de milliers de nouvelles personnes.

L’affaiblissement organisé de la santé publique, l’imprévoyance du gouvernement, son refus de répondre aux revendications des personnels soignants de toutes catégories et son incapacité à prendre les rênes des filières de production pour doter le pays en masques et tests se paient aujourd’hui très cher. Droit du travail, liberté, démocratie, tout aujourd’hui est mis en sommeil. Loin des préoccupations humaines, les puissances d’argent cherchent une reconfiguration à leur service du travail et de la société. Les travailleurs, dont l’utilité sociale saute plus que jamais aux yeux, doivent, avec leurs syndicats, redoubler de vigilance et de mobilisation. La lutte des classes que mène le grand patronat n’est pas confinée, loin de là !

Les questions se font pressantes et angoissantes : va-t-on devoir vivre les prochains mois sous l’autorité des préfets, d’une justice administrative en subissant une longue anesthésie des libertés sous la pression financière et du grand patronat ? La démocratie doit-elle s’effacer et les élus locaux, les oppositions parlementaires se taire et continuer d’exercer leur mandat sous tutelle d’un exécutif qui s’arroge des pouvoirs hors normes ?

Ce phénomène mondial pourrait conforter la lourde tendance observable depuis plusieurs années d’un renforcement des prérogatives régaliennes des États pour consolider les logiques du système capitalistes. Et nous savons d’expérience qu’un pouvoir concédé, qui est un « État béquille du capital », à l’opposé d’un État social, se rend rarement, si ce n’est au prix de luttes obstinées. Gare à l’accoutumance !

Il y a urgence à penser le moment précis que nous traversons. C’est aujourd’hui et maintenant que se configure « l’après ». Ni le gouvernement, ni le patronat ne restent l’arme au pied. Ainsi, depuis quelques jours, prépare-t-on les esprits à la grande régression. Le ministre de l’Économie annonce qu’il faudra « faire des efforts », et sa sous-ministre de surligner le propos en assénant qu’il faudra « travailler plus que nous ne l’avons fait avant ». Le président du Medef fournit les sous-titres : « Il faudra bien se poser la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés. » Le gouverneur de la Banque de France insiste, lui, sur l’instauration d’une rigueur budgétaires redoublée pour payer la dette… Le possible abandon de la contre-réforme des retraites serait un grand succès pour celles et ceux qui l’ont combattue, mais prenons garde à ce qu’il ne serve pas de monnaie d’échange pour aggraver la mise au pas du monde du travail.

L’argent qui coule à flot de la banque centrale doit servir à la Banque publique d’investissement et à la Caisse des dépôts pour promouvoir la justice sociale, le travail et sa rémunération, l’investissement utile et la métamorphose environnementale des activités, la sécurité de vie et un pôle de santé publique. Toutes les aides publiques devraient être conditionnées au mieux-vivre et à la préservation de la nature.

Et l’inédite crise sanitaire ne devrait pas servir à imposer l’austérité pour le demi-siècle à venir. La Banque d’Angleterre finance bien directement le trésor du Royaume-uni. Et la Réserve fédérale américaine garantit toutes les dettes. Pourquoi, alors, ce triste spectacle infligé par l’Eurogroupe, incapable de s’engager sur un mécanisme solidaire des financements à venir et juste bon à conférer une fois de plus un pouvoir exorbitant  aux marchés financiers inondés de nouvelles liquidités ?

S’affirme, une fois de plus, l’affrontement entre le monde du travail et les appétits sordides du capital? Cette crise doit être l’occasion dès maintenant, pour « les premiers de corvée », de reprendre la main pour progresser vers un partage des pouvoirs, des avoirs et des savoirs. Nous nous efforcerons d’y contribuer.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 16 avril 2020)

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