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Conseil départemental extraordinaire du 16 juillet 2020

Le Conseil Départemental avait demandé de poursuivre le débat sur les violences, notamment les violences faites aux femmes. La création d'une instance départementale sur ces questions avait été évoquée. Un CD extraordinaire s’est donc tenu jeudi 16 juillet à 18h30 à la fédération pour débattre et agir.

La commission Liberté Égalité Émancipation du PCF66 animait la séance.

Était invitée Lorraine Questiaux, membre de la commission nationale « Féminisme » du PCF

Rapport Conseil départemental : David Arabia

Lors de notre congrès extraordinaire il y a plus d’un an, et dans le texte d’orientation qui en a découlé, nous nous donnions 5 grandes priorités d’organisation. Parmi elles, celle-ci : « faire de notre parti une organisation féministe exemplaire ». Ne nous le cachons pas, nous en sommes loin. Toujours dans ce texte d’orientation nous disions que « cela implique des transformations importantes de notre parti ». Certes, mais il y a urgence. Il y a urgence car depuis des années maintenant nous sommes alertés sur les violences sexistes et sexuelles qui existent au sein de notre parti. Il y a urgence car en 2017 déjà, puis à nouveau en 2019, des camarades, nos camarades, ont courageusement décidé de parler publiquement de ce qu’elles avaient subi dans nos organisations, et des revendications qui sont les leurs. A l’occasion de ce Conseil Départemental extraordinaire, nous réitérons notre soutien à ces camarades. Nous sommes une organisation politique et notre responsabilité est de comprendre comment nous en sommes arrivés là. Si la parole des femmes n’a pas pu être portée ou n’a pas pu ou su être entendue, c’est que nos cadres organisationnels et nos règles communes de fonctionnement ne permettent pas de réunir les conditions nécessaires à la libération de la parole des femmes.

Notre parti n’est pas hors sol, il évolue dans une société patriarcale et il est forcément traversé par ce système de domination. Mais loin d’être seulement traversées par le patriarcat, nos organisations et les rapports de pouvoir qui y sont à l’œuvre favorisent les violences de genre. Elles ont en effet un rôle politique spécifique au sein d’une organisation politique : détruire le potentiel révolutionnaire des femmes en aliénant leur corps, en les isolant, et en leur faisant porter la responsabilité des violences qu’elles ont subies. Notre projet politique est tellement exigeant que nous avons une responsabilité collective pour nous mais pour la société toute entière et nous avons des exigences d’exemplarité fondée sur l’égalité.

Mais, pour agir, il faut mesurer les résistances qui existent dans le Parti, car si l’on ignore les blocages qui existent dans nos rangs, on passe à côté de l’ampleur du travail collectif que nous devons déployer. Si, depuis quelques années, nous avons davantage intégré que le patriarcat et le capitalisme se nourrissaient mutuellement sans jamais se confondre, il est parfois toujours compliqué d’admettre qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les deux. Ce que nous portons encore trop souvent, c’est que la lutte contre le capitalisme est la lutte noble, primordiale, essentielle, et qu’elle doit être privilégiée. Le questionnaire aux adhérent·e·s qui a été rempli à l’automne 2018 par 20.000 communistes plaçait le combat féministe en dernière position des luttes prioritaires que nous avions à mener. Cette enquête interne est révélatrice de l’état des mentalités dans nos rangs. La lutte contre le patriarcat est encore trop sous- estimée. Pourtant, ne pas en faire un axe prioritaire de notre combat politique c’est se placer en dehors d’un des mouvements les plus dynamique, émancipateur et puissant du moment. L éradication des violences faites aux femmes constitue à la fois un enjeu politique immédiat et une grande cause historique. Et nous avons un rôle à jouer, en interne, comme dans toute la société. Nous devons nous saisir politiquement de ce moment. Cela implique un approfondissement théorique, une présence militante forte dans les combats et mouvements féministes, mais aussi, on y revient, une exemplarité dans nos pratiques.

Si nous voulons être efficaces dans la lutte contre les violences et permettre à des milliers de femmes de militer dans nos organisations, de s’y émanciper grâce à tout ce que le combat politique apporte en capacité d’agir, il y a besoin de faire du PCF, un espace où elles sont en sécurité dans les lieux de militantisme et de convivialité. Il est nécessaire de travailler sur les formations et les dispositifs techniques. Mais ce n’est pas suffisant. Nous avons à remettre très profondément en question nos modes de structuration et de fonctionnement démocratique.

  1. Maîtriser la parole dans nos réunions afin de laisser une place à chacune et chacun et renforcer la crédibilité de la parole des femmes.
  2. Créer les conditions matérielles de la mise en responsabilité et de la participation des femmes dans le parti en pensant notamment l'accueil des enfants lors de nos réunions par exemple.
  3. Remettre en cause un fonctionnement pyramidal qui de la cellule au secrétariat national en passant par les sections et les fédérations, favorise les hommes.
  4. Mettre en place des réunions non-mixtes qui peuvent permettre de favoriser la prise de paroles de femmes.

Ce sont des propositions, et il en existe d’autres dont je suis sûr qu’elles viendront en débat ce soir, qui pourraient permettre de tendre vers la féminisation de notre organisation. C’est une question politique fondamentale et un gage d’efficacité pour avancer sur les questions des violences sexistes. Mais au PCF comme ailleurs, rien ne se fait naturellement. Nous devons avoir la volonté politique de répondre à ces problématiques avec des actes forts et une évolution de nos cadres militants. En tant qu’organisation féministe, nous devons mettre en place les moyens nécessaires pour combattre ces violences jusqu’à leur disparition. Il faut combattre les rapports hiérarchiques, les remettre en question, pour en finir avec les violences sexistes et sexuelles qu’ils encouragent et permettent. Cela nécessite dans un premier temps d’écouter, croire, soutenir, humainement comme matériellement, les personnes victimes de violences, ainsi que de les accompagner si elles le souhaitent pour obtenir une aide psychologique ou juridique. Nous ne voulons en aucun cas remplacer la justice. Ses procédures et celles d’un parti ne sont pas les mêmes. Les nôtres doivent servir à préserver nos camarades en permettant aux femmes de prendre toute la place qui est la leur dans nos organisations et en favorisant un principe de précaution. Il ne s’agit pas d’une infraction à la présomption d’innocence, car notre rôle n’est pas de garantir un procès équitable contrairement à la justice, et qu’une personne mise en cause ne risque pas la prison au sein de nos organisations, mais simplement d’être démise de ses responsabilités ou de sa qualité d’adhérent.e.

Nationalement, des réflexions ont émergé l’année dernière. Le conseil national du 17 mars 2019 a notamment adopté une résolution à l’unanimité dans laquelle il est proposé :

  1. De mettre en place une cellule d’écoute indépendante, externe au PCF, afin de recueillir la parole des victimes, en tout indépendance.
  2. De faire travailler le dispositif «stop violences» et la commission des conflits à une définition claire de la graduation des sanctions en fonction des violences commises et d’ouvrir un travail de modification des statuts sur les articles concernant notamment «l’exclusion».
  3. De lancer une nouvelle campagne d’information de l ensemble des adhérent·e·s.
  4. De mettre en place un module de formation obligatoire dédié à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et à l'égalité femme-homme dans tous les stages de base et les stages cadre.
  5. De sécuriser, tant en terme de formation que dans les règles de vie collectives, toutes les initiatives que nous organisons nationalement et localement. (Là dessus nous avons d’ailleurs à mener une réflexion sur la fête du TC et notre stand fédéral à la fête de l’huma sur lequel nous avons eu des problèmes de cet ordre l’année dernière).
  6. De féminiser l’organisation en refusant tout propos sexiste lors de nos réunions ou échanges entre camarades; renforcer notre exigence de parité; maîtriser la parole dans nos réunions; organiser le travail de la commission Droits des femmes/Féminisme en transversalité avec les autres commissions nationales et travailler à son implantation dans toutes les fédérations; créer les conditions matérielles de la mise en responsabilité et de la participation des femmes dans le parti.
  7. De nommer une référente nationale du PCF sur ce sujet.
  8. De nommer un·e responsable du PCF auprès du MJCF afin d’accompagner les jeunes communistes dans leur lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Nous ne pouvons que regretter que des militantes aient dû s’exposer publiquement, avec toute la violence que cela implique, pour que ces propositions voient le jour. Celles-ci sont un début, mais évidemment ne seront pas suffisantes. A tous les échelons de notre organisation, de la cellule à l’exécutif national, nous devons nous pencher sérieusement sur ce sujet. Nous avons à entamer une révolution du parti et de ses pratiques. Elle sera lente et peut être douloureuse, mais vitale. Car nous avons besoin d’un parti féministe et communiste dans les mots comme dans les actes, à même de révolutionner les rapports sociaux, à même de mettre en échec le patriarcat et le capitalisme. Et il est temps de nous en donner les moyens !

Débat

Lorraine Questiaux membre de la commission nationale féminisme du PCF rappelle les conditions qui aujourd’hui poussent à ce débat et notamment les différents mouvements qui ont émergé avec la parole des femmes victimes de violence sexuelle, physique et morale. La question de l’’environnement a été soulevé et notamment dans des lieux que l’on croyait épargnés par cette violence et qui apparaissent en fait comme des lieux privilégiés, comme le PCF.

Cette situation est prise très au sérieux par notre fédération en lien avec les moyens qui peuvent être déployés par le PCF au niveau national.

Notre fédération n’a pas été non plus épargnée par ces violences et plusieurs cas ont été relevés notamment au sein de la JC qui au niveau national a fait monter un débat nécessaire au sein du PCF et de ses instances.

Ce conseil départemental a aussi rappelé que toutes les violences sexistes sont à combattre pour les faire disparaitre, qu’elles soient physiques ou morales.

L’aspect juridique a été évoqué et notamment les moyens à mettre en œuvre dans et hors du contexte dans lequel les faits ont été constatés. Lorraine Questiaux rappelle que dans les entreprises les moyens déployés aujourd’hui pour lutter contre ces violences sont bien plus coercitifs que dans le milieu associatif, notamment à opposer à la présomption d’innocence à l’avantage de l’agresseur.

Toutes ces questions sont à lier étroitement à un travail politique qui aujourd’hui est quasi inexistant quand il s’agit de matérialiser notre réflexion sur le féminisme dans des débats, qu’ils soient en interne ou publics. Ce processus passe aussi par la formation des communistes à une question sociétale complexe, qui nécessite un approfondissement de notre grille de lecture et des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre toutes les violences sexistes et faire émerger une démarche révolutionnaire.

Une commission est mise en place, dans son fonctionnement ses membres sont chargés d’éclairer les débats du Conseil départemental du PCF des Pyrénées- Orientales, elle est constituée de : 5 membres et 5 remplaçant.es et d’une membre consultative.

Fanny de Bonneau, LÉÉ, commission féminisme nationale
Évelyne Bordet, CD, LÉÉ
Raymonde Cathala, PCF66
Martine Croix, CD
Françoise Fiter, CN, CD, élue, membre consultative
Sarah Jumel, LÉÉ, JC
Sophie Menahem, CD
David Arabia, LÉÉ, CD
Nicolas Carrère, LÉÉ, JC
Roger Hillel, LÉÉ
Jean Malik Lemaire, CD

Compte rendu des débats Philippe Galano

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