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Bridgestone, gémissements politiques et capital

Il est temps de les démasquer. Ceux qui défilent devant micros et caméras pour gémir, compatir, verser des larmes de crocodiles sur les méfaits consécutifs à leurs propres décisions. Elus de droite, ministres, jusqu’au président de la République font en public les yeux noirs face aux licenciements prémédités par Bridgestone sur son site de Béthune, laissant 865 salariés sur le carreau et menaçant 2000 emplois induits.

Mais ce sont eux qui ont ouvert le pays au grand vent de la mondialisation capitaliste, qui ont libéré les mouvements de capitaux, défendu la « concurrence libre »  au nom de laquelle les usines du géant japonais du pneu sont délocalisées en Pologne et en Hongrie sous couvert de « compétitivité », cet autre mot utilisé à satiété pour ne pas parler de pression à la baisse sur les salaires. Ce sont eux qui, il y a quelques mois à peine, donnaient l’accolade aux dirigeants japonais devant la table ou était posé le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Japon. Ce sont encore eux qui arrosent les grandes entreprises à coups de réductions fiscales et de crédits du CICE au nom de la création d’emplois.

Voilà le triste résultat. Pas d’argent pour investir déclarent les dirigeants de Bridgestone. La bonne blague. Ils viennent de dépenser 160 millions d’euros dans le site polonais et 140 millions dans le site Hongrois où vont être délocalisées les productions de Béthune, avec le soutien de l’Union européenne. Et entre temps, ce même groupe aura racheté les entreprises Speedy, Côté-route et First-Stop.

Les discours creux du pouvoir sur les relocalisations et la défense hypocrite de l’emploi, ne sont que tromperie à l’heure où pleuvent les terribles nouvelles : Nokia, Airbus, Bénéteau, Auchan, General Electric, Boiron sont entrés dans le tourbillon, annonçant de nouveaux licenciements après avoir avalé des liasses d’argent public. Près de 400 plans de licenciement collectifs classés comme PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) ont été déposés depuis le mois de mars, et 3400 licenciements collectifs hors PSE, qui concernent pour l’essentiel des entreprises de moins de dix salariés. Le chiffre explose au fur et à mesure qu’expirent les dispositifs de chômage partiel. Des centaines de milliers d’emploi dans des secteurs parfois stratégiques sont menacés à brève et moyenne échéance.

C’est dans ce contexte que le gouvernement vante son plan de prétendu relance avec ses milliards laissés à la discrétion des entreprises sans condition. Les actionnaires se régalent quand les travailleurs et leurs familles trinquent.

Etre de leur côté, c’est avoir l’audace de mettre en cause le système qui détruit leur travail, assèche leurs territoires de vie et ouvre la trappe du trou noir de  la pauvreté : le capitalisme. Celui-là même qui a crée pour ses besoins un marché mondial ou règne la guerre économique. Telle est la contradiction où vont de plus en plus se trouver ceux qui le servent dans les conciliabules de leurs bureaux feutrés tout en venant faire semblant de défendre le travail et la souveraineté industrielle et agricole. Il n’y a d’issue que dans une « évolution post-capitaliste » à partir de débats et de combats qui doivent vivre au sein du monde du travail, de la création, et avec les retraités. Sans cet effort, la broyeuse continuera sa sale besogne.

Tenez, il y a quelques jours, dans un sabir bruxellois dont elle a le secret, la Commission européenne, en échange des aides promises dans le cadre du plan de relance, a exigé des pays membres d’« améliorer l’environnement réglementaire, réduire les charges administratives reposant sur les entreprises et simplifier le système fiscal ». Bref, abaisser la fiscalité du capital, pressurer les salaires et l’emploi. L’heure est bien au combat !

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 24 septembre 2020)

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