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Toujours un train de retard….

L’appréciation de la plupart des spécialistes converge : à la fin du mois d’octobre, il y aura autant de malades en réanimation qu’au plus fort de l’épidémie au printemps dernier. Sur fond de polémiques et de dissensions entre le pouvoir et des collectivités locales, l’angoisse et le doute se répandent dans des pans importants de la société. Les files d’attente devant les centres de dépistage n’en finissent pas de s’allonger. Les standards des hôpitaux sont saturés. De fait, la situation est sérieuse et préoccupante à un moment où une partie importante du personnel soignant est épuisée.

Le risque d’une conjonction entre la pandémie et la grippe ajoute encore aux inquiétudes sur les capacités d’accueil et de soins des hôpitaux. Est-ce que la volonté de préserver à tout prix la saison touristique n’a pas accéléré la circulation vers les villes d’un virus trop peu connu ? Le Covid-19 a en effet cette redoutable particularité de pouvoir être transmis par des personnes qui le portent sans aucun symptôme. Pire, une personne porteuse devient le début d’une chaine de transmission, puisqu’elle en contamine trois autres. C’est la raison pour laquelle le corps médical plaide pour un dépistage rapide et systématique de la population, en commençant par les EHPAD, les hôpitaux et les services d’aides à domicile, tout en maintenant des protocoles sanitaires strictes.

Mais comme pour la pénurie de masques il y a huit mois, la France a pris un considérable retard dans la mise en place d’un dispositif efficace de dépistage permettant d’identifier rapidement les personnes contagieuses. Le délai pour obtenir les résultats des tests les rend peu efficaces. Des dizaines de milliers de tests attendent dans des frigos d’être analysés tandis que les personnes positives propagent l’épidémie sans le savoir. Il manque des machines, des réactifs. Et, quand ceux-ci existent, il manque du personnel. Il est de même incompréhensible que le gouvernement décide d’alléger les protocoles de protection dans les écoles au moment où progresse la pandémie. Et, les décisions de restriction sont prises sans décisions communes des élus locaux, des associations professionnelles et des syndicats.

Autrement dit, la santé n’est pas entre les mains des citoyens, mais bien entre celles d’un pouvoir qui fait de l’activité économique sa priorité alors qu’il faudrait rechercher les voies d’une combinaison entre sécurité sanitaire, vie sociale, culturelle et besoins de la production, tout en engageant une réflexion sur la nécessaire métamorphose de cette dernière.

Sans nier la difficulté du combat contre ce virus agressif, il faut bien admettre que la concentration du pouvoir entre quelques mains présidentielles, le refus de créer une instance nationale de dialogue avec les représentants du pays et les organisations syndicales, la subordination des décisions à un comité scientifique au lieu d’une grande instance médicale déclinée dans chaque département, empêche d’améliorer l’efficacité dans le combat actuel, tout en menaçant des malades atteints d’autres pathologies de ne pas être soignés.

Le désarmement de l’hôpital et du système de santé depuis plusieurs décennies au nom d’une prétendue lutte contre les déficits publics a affaibli les défenses immunitaires du pays, condamné aux pénuries perpétuelles avec, à chaque étape, un train de retard sur le virus. 69 000 suppressions de lits, des milliers de postes manquants se paient d’une lourde facture humaine qui pourrait demain être qualifiée de non- assistance à personne en danger. A tel point que la stratégie gouvernementale n’est plus fondée sur le nombre de malades mais sur les capacités de réanimation des hôpitaux. Raison de plus de ne pas continuer d’appliquer toutes ces politiques austéritaires qui provoquent insécurité sociale et insécurité sanitaire. Le débat sur une nouvelle logique tournant le dos au capitalisme devient urgent au nom même du devenir de notre civilisation.

Patrick Le Hyaric (L’HD le 1er octobre 2020)

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