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Libéralisme-autoritaire

L’absolue nécessité de défendre le capitalisme, à un stade où son inefficacité sociale, économique, écologique saute aux yeux de la majorité, conduit le pouvoir à conforter un État fort pour servir le capital, et autoritaire pour se protéger.

A cette fin est engagée une contre-révolution multidimensionnelle contre les idéaux de 1789 et le bloc des lois fondatrices de la République, votées entre 1880 et 1905. Présidentialisme exacerbé, négation du Parlement et des corps intermédiaires, effacement du gouvernement au profit de plusieurs « Conseils de défense », saturation médiatique, infantilisation des citoyens jusqu’aux interventions télévisées du président en personne pour indiquer le nombre de fois où nous devons ouvrir nos fenêtres, le nombre de convives autorisés autour de la table, tout en donnant l’heure à laquelle nous devons rentrer le soir. Sans oublier cette originalité française du sauf-conduit.

Avec la  loi dite de « sécurité globale », le fondement du pacte social et républicain est nettement visé. Les articles 10 et 11 de la DDHC(*) qui garantissent la liberté d’information, d’expression et d’opinion sont mis en cause par l’article 24 du projet de loi. Son article 12 est également menacé. Les révolutionnaires y stipulaient que « la garantie des droits de l’Homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».

Or, principalement depuis le mouvement des gilets jaunes, les forces de l’ordre tendent à devenir une force de protection d’un pouvoir à la légitimité contestée et sans véritable assise démocratique. De très nombreux fonctionnaires de police et de gendarmerie se désolidarisent d’une telle conception. Qu’ils soient soutenus et encouragés.

Mais le projet de loi, dans son ensemble, laisse craindre d’irrémédiables dérives. Ainsi en va-t-il du pouvoir exorbitant conféré aux polices municipales dont les responsables seront désormais placés sous l’autorité du procureur de la République et bénéficieront d’une habilitation du procureur général. Le texte de loi leur confère notamment le droit, jusqu’ici réservé à la police nationale, de procéder à des contrôles d’identité. Ainsi en va-t-il également de l’insertion des sociétés de sécurité privées, à but lucratif, dans le schéma général du maintien de l’ordre aux cotés de la police et de la gendarmerie, faisant de la France le premier pays sécuritaire de l’Union européenne, avec près d’un demi-million d’agents publics et privés à sa disposition. Et la tentation de souder police et justice, manifeste dans ce projet de loi comme lors des derniers mouvements sociaux, porte une grave atteinte à la séparation des pouvoirs. L’article 25 de ce même projet ouvre la porte à la possibilité pour les policiers d’être armés en permanence sans que rien ne puisse leur être opposé. Une clause bien plus permissive que ce qu’autorise le droit fédéral américain. C’est dire !

N’ayant aucun parti pour le soutenir, aucune assise populaire solide sur laquelle s’appuyer, le président -mandataire des puissances d’argent et politiquement faible- n’a que les structures de l’État pour appuyer une nouvelle phase « austéritaire-autoritaire » après le confinement, comme en témoigne la relance du projet de contre-réforme des retraites ou l’insistance martelée à « rembourser les dettes » que nous contractons aujourd’hui.

Cet engrenage provoque l’assèchement de la démocratie et élargit toujours plus le lit de l’extrême droite. Les institutions de la cinquième République entrent dans une phase de pourrissement accéléré extrêmement dangereuse pour la vie démocratique. La crise politique s’amplifiera d’autant plus qu’il n’y a pas de majorité pour soutenir l’offensive réactionnaire actuelle. L’unité populaire et créative, avec une forte participation de la jeunesse samedi dernier dans toutes les villes de France, est de bon augure pour l’avenir.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 3 décembre 2020)

(*) Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789.

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