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La santé, pas les profits !

La ruée vers l’or vaccinal a commencé. Les principaux laboratoires mondiaux sont engagés dans une course pour s’accaparer le précieux sésame qui permettra de freiner la pandémie. Et les pipettes sont à peine nettoyées que l’on nous annonce une campagne de vaccination début janvier, c’est-à-dire dans quelques jours. Cette rapidité interroge, malgré la volonté d’en finir avec les angoisses d’une insécurité de vie, la torture douce des confinements à répétition et des gestes barrières.

Une question incontournable se pose : qui dicte les règles de cette course effrénée ? Les bourses mondiales sont en pleine europhorie depuis les annonces de découvertes des différents vaccins. Or, cette « euphorie » que les capitalistes cherchent à faire perdurer tandis que l’emploi s’effondre et que la pauvreté s’envole, dépend de la capacité des firmes à mettre le plus rapidement possible les vaccins sur le marché. L’industrie pharmaceutique est donc en position de force pour imposer ses conditions, qui sont avant tout celles d’un juteux retour sur investissement.

L’urgence avec laquelle agissent les laboratoires et la compétition qu’ils ont engagée -les uns jurant que leur vaccin est plus efficace que ceux des autres- ne présage rien de bon. Cette course à l’échalote obéit bien plus à la recherche de positons dominantes sur le marché mondial qu’à la sécurité sanitaire de la population mondiale et à l’objectif d’une couverture vaccinale universelle.

Les contrats passés par la Commission européenne avec six firmes pharmaceutiques ont fait bondir leurs actions. Les propriétaires de Moderna et Pfizer sont devenus milliardaires en quelques jours. Alors que la défiance reste immense face au vaccin, il serait incompréhensible que l’Union européenne persévère à maintenir dans un opaque secret les tractations en cours, tandis que les lobbyistes du secteur pharmaceutique hantent les allées des institutions européennes.

Au-delà d’être immorale, cette orientation est extrêmement périlleuse. Nous savons d’expérience qu’un vaccin peut générer des effets secondaires délétères si les protocoles médicaux ne sont pas respectés à la lettre. Le temps des affaires et de la finance n’est pas le temps médical et scientifique. Il n’y a rien de tel que de laisser la loi du marché dicter la mise à disposition du futur vaccin pour renforcer la défiance des citoyens à son endroit.

Pendant ce temps, les vœux pieux sur les vaccins comme « biens communs » se succèdent sans qu’aucune garantie ne soit donnée. Il y en aurait pourtant une, simple, formulée dans une pétition lancée par des dizaines d’organisations politiques, syndicales et associatives européennes : que le ou les vaccins soient mis «hors marché» ! Voilà qui conforterait la position prise par l’OMS au printemps dernier pour que les vaccins soient reconnus « biens publics mondiaux ». Une position qui serait encore affermie par un système dit de la « licence obligatoire » imposée par les États en lieu et place du système de brevets, condition de cette course aux profits.  C’est le sens de l’initiative citoyenne qui vise à recueillir au moins un million de signatures dans sept pays de l’Union européenne, pour obtenir la transparence dans les contrats passés entre les firmes pharmaceutiques et les États, une propriété intellectuelle publique, et un accès gratuit à toutes et tous.(1)

Cette exigence devrait être le prélude à la constitution d’un pôle public national, voire européen, de la recherche, de la production et de la distribution du médicament. La chaîne de production des médicaments, sources immenses de profit autant que besoins humains fondamentaux, devrait pouvoir être maîtrisée de bout en bout par la puissance publique et les citoyens. La sécurité sanitaire est aussi affaire de démocratie et de souveraineté populaire. La mobilisation est à portée de chacune et de chacun pour obtenir un million de signatures afin que les institutions européennes en délibèrent.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 10 décembre 2020)

(1) Pour signer https://noprofitonpandemic.eu/fr/

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