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Pourquoi détruire l’ENA ?

Le projet formulé par le MEDEF il y a quinze ans « de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance » est plus que jamais mis à l’ordre du jour dans les cercles du pouvoir : le saccage des retraites par répartition, les privatisations des secteurs stratégiques et des entreprises publiques indispensables pour assurer l’accès de tous aux biens communs, dont le démembrement d’EDF est le dernier avatar, la destruction du modèle coopératif de distribution de la presse, les attaques contre les cotisations sociales et, partant, contre le financement de la Sécurité sociale sont autant de priorités engagées par le gouvernement, au diapason des sempiternelles exigences patronales. Après une méthodique campagne de dénigrement, voilà l’Ecole nationale d’administration dans le viseur du pouvoir !

Formidable diversion pour détourner les justes colères populaires, dresser l’opinion publique contre les « fonctionnaires », et ainsi dédouaner les choix politiques qui servent d’abord les puissances d’argent, poussent à la précarité, au chômage et à une pauvreté galopante.  La cible est facile : l’ENA comme les grandes écoles ont fait la preuve depuis des décennies de leur recrutement endogamique duquel sont exclues les classes populaires. Cette école est surtout devenue l’antichambre d’une technocratie formatée qui tend à fondre ses intérêts avec ceux du grand capital.

Qu’il faille démocratiser l’ENA et réformer son mode de recrutement est l’évidence même. Mais l’opération de communication du pouvoir autour ce cette institution décriée par ceux-là même qui en sont issus, sert à cacher l’objectif véritable de la contre-réforme : enfoncer un coin décisif dans l’architecture du service public à la française, prélude à la destruction de l’une des plus grosses épines dans le talon de fer du capital : le statut de la fonction publique mis en place puis élargi et renforcé par les ministres communistes Maurice Thorez en 1946 et Anicet Le Pors en 1981, en commençant par le haut du panier.

Le nom donné par M. Macron au successeur de l’ENA prête à sourire : Institut du service public. N’en doutons pas, les mots ne servent ici qu’à maquiller la chose. Car pour tout « services publics », le projet macronien vise à les aligner sur les « services d’intérêts généraux » des traités européens, sortes d’œuvres de charité pour la population la plus pauvre, la puissance publique se limitant ici à financer, coûteusement, ce que le marché se refuse à payer.

Macron a tenu à préciser les contours de son projet. Les futurs diplômés de son « institut » devront faire leurs preuves « sur le terrain » pendant cinq ans. Autrement dit, les diplômés de Science-po et des écoles de commerce iront faire leurs dents dans le secteur privé, la banque et l’assurance, avant de prendre les manettes de la haute administration. Ce projet s’insère d’ailleurs dans la loi dite de transformation de la fonction publique votée en 2019 libéralisant la fonction publique et permettant le recours accru aux contractuels, jusqu’aux postes de directeurs généraux d’administrations.

La haute administration française sera désormais cooptée par affinité, renforçant plus encore les allers-retours des fonctionnaires entre public et privé, dont les cabinets de conseil privés, souvent nord-américains, qui pullulent désormais dans les ministères. Et si des classes moyennes ou populaires intégreront plus facilement le nouvel institut, ce sera au prix d’un formatage accru. Car M. Macron n’entend pas faciliter les évolutions de carrières dans la fonction publique, ni s’attaquer au contenu des formations. Voilà d’ailleurs sabordée la troisième voie mise en place par Anicet Le Pors qui a permis l’accession de syndicalistes, responsables associatifs et élus à la haute administration.

Les atours démagogiques de cette proposition ne doivent pas cacher son véritable dessein : celui de créer un lien organique entre l’Etat et les puissances d’argent. Bref, tout ce contre quoi s‘étaient levés communistes et gaullistes au lendemain de la grande trahison des élites françaises.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 15 avril 2021)

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