Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Quelle boussole ?

Tel qu’il s’expose à nous, le paysage politique a des aspects plus qu’effrayants. 89 % des électeurs ayant voté pour l’extrême droite au premier tour de la présidentielle de 2017 déclarent d’ores et déjà qu’ils le referont en 2022. Il s’agit de loin de l‘électorat le plus déterminé… et nombreux. Les différents courants réactionnaires totalisent ainsi près des deux tiers de l’électorat.

Ici est posé un problème majeur : le peuple de gauche, dans sa diversité, se lèvera ou se relèvera-t-il face à une droite, certes diverse, en compétition, et parmi laquelle il convient désormais de ranger l’essentiel du macronisme, mais portée par un même vent mauvais soufflant sur l’ensemble du monde, et par rafales en Europe ?

Ce bloc de droite trouve son point d’équilibre à la frontière de l’extrême droite : racisme de plus en plus décomplexé, autoritarisme et nationalisme se conjuguent avec l’adoubement des logiques du capitalisme financiarisé et mondialisé. Désormais, une majorité des électeurs de la droite classique se dit prête à des alliances avec l’extrême droite, tandis que l’OPA réalisée sur le mot République par une droite délestée de son héritage gaulliste vide continuellement de son sens social et égalitaire cette reconquête de 1945. Et le processus isole de plus en plus une gauche engoncée dans des débats picrocholins instrumentalisés par ses adversaires.

On nous rétorque que l’extrême droite au pouvoir serait de toute façon cornaquée par les institutions, contrainte à des alliances et compromis qui rabaisseraient ses ambitions néo-fascistes. C’est faire l’impasse sur ce qu’un tel scénario réveillerait dans notre pays, qui n‘a été immunisé contre les idées et pratiques d’extrême droite que par la désormais lointaine période de la Libération. On constate déjà la résurgence de comportements séditieux dans les hautes sphères de la réaction, tels ces officiers retraités appelant par voie de presse à un retour à l’ordre moral par reprise en main militaire.

Pour lutter contre l’influence hégémonique des droites, la gauche doit retrouver le sens de l’Histoire, des travailleurs manuels et intellectuels et de l’intérêt général, en opérant sur plusieurs fronts. Elle doit  revenir vers les travailleurs et habitants des quartiers populaires, les gens de peu pour élaborer avec eux des issues novatrices anticapitalistes, progressistes et transformatrices. Ce qui suppose de désigner clairement l’adversaire : le capitalisme qui exploite, spolie et aliène.

La force communiste, avec d’autres, peut ici jouer un rôle décisif pour porter un processus démocratique et unitaire réinventé. La question sociale doit être replacée au cœur du débat public. Ce ne sera possible  qu’en créant les conditions d’une souveraineté populaire, en défendant la reprise en main des outils productifs vendus au capital transnational, avec des initiatives pour reprendre le pouvoir à la finance, une politique de réindustrialisation et le redéploiement d’une agriculture paysanne. Ceci ne peut se penser que dans le cadre d’une transition environnementale qui nécessite recherche, formation, nouveaux services publics et nouveaux métiers et emplois. Le travail, son sens, son accès pour toutes et tous, sa rémunération doivent s’inscrire au cœur d’un projet post-capitaliste. La défense des libertés démocratiques doublement piétinées par la gestion de la pandémie doit également figurer parmi les priorités. L’état d’urgence sans cesse reconduit dans un silence de plomb favorise l’hypothèse d’un gouvernement de type autoritaire.

L’après-pandémie, à partir des enjeux de la santé et de la vie humaine, appelle à construire un audacieux projet démocratique, social, écologique, dans une démarche unitaire visant le rassemblement populaire. L’enjeu des pouvoirs d’intervention et de gestion des travailleurs et des citoyens devient fondamental. On ne peut rester contempler le désastre qui s’avance.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 29 avril 2021)

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64