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L’activité, une clef pour comprendre Marx

Théorie – Marx a été le premier à poser que les êtres humains ne sont pas des créatures à gouverner, mais les créateurs de leur monde et de leur histoire -

Marx a révolutionné le matérialisme en lui donnant une dimension dialectique qui le mettait en mesure d’être, non plus une attitude passive Et réductrice, mais une approche ambitieuse et exigeante du réel naturel et historique, permettant aux êtres humains de mieux comprendre un monde qui est en grande partie leur création, pour éventuellement le transformer. C’est le remplacement du « matérialisme vulgaire » par le matérialisme dialectique, mutation essentielle.

Le partage traditionnel des rôles entre idéalisme et matérialisme

Dans l’histoire de la pensée humaine, et pas seulement de la philosophie, c’est l’idéalisme qui a très longtemps donné le la et battu la mesure. L’idéalisme, c’est la façon dont les dominants de conçoivent le monde. Eux, ils ont les moyens de ne pas travailler pour vivre. D’autres travaillent pour eux, leur fournissent le nécessaire, ce que les économistes appelaient autrefois les « commodités ». Ils ne travaillent pas, mais ne sont pas inactifs pour autant : ils décident, Ils exercent le pouvoir politique. Aristote exprime clairement les choses : d’un côté il y a la production technique et matérielle, appelée en grec poiésis (= fabrication, rien à voir avec la poésie !) et dévolue essentiellement aux esclaves ; de l’autre il y a l’action proprement dite, en grec praxis, qui est l’apanage des maîtres.

Cette dissociation antique s’est prolongée pendant des siècles, et même si l’activité technique commence à l’approche de la révolution industrielle à être mieux considérée (en témoigne par exemple l’Encyclopédie de d’Alemebert et Diderot, qui réévalue les métiers et les savoirs techniques), la production matérielle et les producteurs par voie de conséquence demeure largement méprisée. Au contraire, l’idéalisme, notamment en Allemagne, célèbre le caractère fécond et créateur des idées, allant jusqu’à prétendre avec Fichte que les idées « créent le réel » et mènent le monde. C’est cela que l’idéalisme appelle la « praxis », activité royale à tous les sens du terme de légifération souveraine, condescendante à l’égard des « petites mains » vouées aux tâches obscures.

Le renversement marxien : la pratique est d’abord matérielle

Marx est d’emblée un militant communiste. Il refuse cette caricature méprisante et débile d’un monde du travail englué dans la pure matérialité, stupide et glouton, qu’il faut mener à la baguette. Déjà Hegel, dans une perspective certes limitée, avait posé que c’est dans l’activité de « l’esclave », empreinte de patience, de familiarisation avec la dure matérialité du monde réel, que se trouve la vraie puissance. Marx va beaucoup plus loin : il reprend aux idéalistes allemands la notion de Tätigket (« =activité productrice, de tun », faire) : ce ne sont pas les idées qui produisent le monde, ce sont les êtres humains qui, dans le cadre de rapports sociaux, produisent de façon cumulative et le monde matériel dans lequel ils vivent et les idées avec lesquelles ils pensent ce monde ainsi que leurs rapports avec lui. D’où la formule célèbre : « Le monde de l’homme, c’est l’homme ».

Il y avait aussi une révolution à faire dans le matérialisme…

Jean-Michel Galano
Agrégé de philosophie

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