Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Capitalisme pharmaceutique contre santé

Fruit d’une campagne internationale menée par les États du Sud avec l’aide des Nations unies, des organisations et élus progressistes du monde entier, des prix Nobel et d’anciens chefs de gouvernement auxquels s’ajoutent désormais les États-Unis, la levée des brevets sur les vaccins sera à nouveau à l’ordre du jour cette semaine d’une réunion extraordinaire de l’Organisation mondiale du commerce. Une victoire devient possible.

Malheureusement, l’Union européenne et le président de la République continuent de s’y opposer. C’est dire leur servilité à l’égard des grands laboratoires pharmaceutiques qui se gavent en ce moment même sur la souffrance humaine et l’angoisse des populations. Moderna vient d’annoncer 1,2 milliard de dollars de profits ce premier trimestre et dispose de plus de 8 milliards de trésorerie. Pfizer annonce pour sa part un profit de 4,5 milliards de dollars.

Les actionnaires de ces groupes pharmaceutiques font fortune parce qu’en amont de la production, ce sont les deniers publics qui financent la recherche et l’innovation tandis qu’en aval, les Etats leur achètent, dans l’opacité totale sur les prix, des milliards de doses de vaccins, plaçant ainsi ces entreprises en situation de rente.

Ces grands groupes dépensent infiniment plus d’argent pour rémunérer leurs actionnaires que pour aider la recherche. Contrairement à la fable que nous a servie M. Macron au Sommet européen de Porto, loin de « financer l’innovation », ils ne font que s’accaparer le travail des chercheurs et des travailleurs de la chaîne de production et de distribution.

Ainsi le concept même de « l’ARN messager » du vaccin Pfizer est le résultat des travaux des professeurs Monod et Jacob menés dans les années 1960 et qui leur ont valu le prix Nobel. Ce même vaccin a été développé par des entreprises de biotechnologie BioNTech et Moderna grâce aux travaux d’une chercheuse de l’université de Pennsylvanie, Mme Katalin Kariko. Le vaccin Astra Zeneca a été mis au point par les équipes du professeur Sarah Gilbert à l’université d’Oxford. Le vaccin  Moderna s’appuie sur un long travail de recherche menée par le « National Institute of Health » américain sur la protéine baptisée Spike des coronavirus. C’est bien la recherche fondamentale académique de long terme qui sert la santé publique. Les groupes industriels ne font que se servir en créant des rentes par l’achat de la propriété intellectuelle devenue marchandise.

La levée des brevets devrait donc être naturelle et s’accompagner d’un transfert de technologie organisé et planifié sous égide des Nations unies grâce à des financements internationaux. Il faudrait élargir les missions du programme COVAX (1), aujourd’hui portion congrue, en organisant des financements coopératifs pour que ces pays se dotent des outils de production, de stockage et de distribution. Car laisser le virus se déployer dans un pays, c’est condamner le monde entier à le voir déferler.

Cette pandémie met à jour la division internationale du travail organisée par le capital mondialisé et qui crée des situations de dépendance propres à conforter les logiques impérialistes. Un nouveau monde de coopération, de partage des savoirs, des avoirs et des pouvoirs frappe à la porte. Le combat pour la levée des brevets doit donc encore s’amplifier. Au-delà, les médicaments et vaccins, doivent être considérés comme biens communs publics, comme les entreprises qui les produisent. Défricher les chemins inédits du post-capitalisme est bien à l’ordre du jour tant le capitalisme pharmaceutique fait chaque jour la démonstration patente qu’il s’oppose à la vie elle-même.

Patrick Le Hyaric (L’HD, le 12 mai 2021)

(1) COVAX (COVID-19 Vaccines Global Access) est une initiative lancée par l’Organisation mondiale de la santé visant à assurer un accès équitable à la vaccination contre le Covid-19 dans 200 pays.

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64