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Le billet de Jean-Michel Galano. À gauche, le triomphe de la haine ?

Il ne se passe pas un instant, depuis dimanche 10 avril, sans que Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo soient violemment injuriés sur les réseaux sociaux. Leur crime ? S’être présentés au suffrage des Français. Ils auraient ainsi empêché Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour. Ils auraient « aidé Le Pen ». Chacun de leurs électeurs aurait « choisi le duel Macron-Le Pen », se montrerait « complice » du système, du fascisme, de la finance, etc…

Si la violence verbale des pro-Mélenchon sur les réseaux sociaux est bien connue de longue date, ici il y a contagion. Ce ne sont pas seulement les militants, par définition plus sectaires que les sympathisants, qui insultent, vocifèrent voire se livrent à des dégradations de locaux (ceux d’EELV et du PCF à Lille). C’est une fraction plus large des électeurs du candidat malheureux.

Dans mon entourage, des « amis » ayant soutenu Mélenchon, parfois très peu politisés, se joignent à la foule (et à certaines personnalités) pour lancer leurs pierres contre ces « salauds », ces « traitres », ces « vendus » pour qui « on ne votera plus jamais » par représailles. « Candidatures inutiles », « Vous votez pour la retraite à 65 ans ! », « Hidalgo Roussel Jadot on vous hait ! », « On s’en souviendra », etc., ad nauseam.

Dans certains cas, les différends politiques se muent en conflits interpersonnels au sein des familles, des groupes d’amis, des collectifs de travail. Une anecdote parmi mille : dans le Nord, une militante insoumise a ainsi annoncé qu’elle ne parlerait plus à sa voisine électrice de Fabien Roussel (authentique !). Il y a des menaces physiques. Une mélenchoniste -habituée du harcèlement et de la diffamation- prend sa plus belle plume : « Jean-Luc un mot de toi et on est cinq million [sic] dans la rue avec des fusils demain matin ».

Pourtant, répétons-le : si Mélenchon ne s’est pas qualifié pour le second tour, cela n’a rien à voir avec le fait qu’il y ait eu d’autres candidats de gauche.

1) C’est le droit de chacun de se présenter aux suffrages des Français, pourvu qu’il recueille 500 signatures de parrains (d’ailleurs, Mélenchon n’a pas dit autre chose, lui qui a affirmé -certes hypocritement- qu’il n’y avait pas de « vote inutile » et qui a accordé son propre parrainage à Philippe Poutou pour qu’il puisse faire… 0,8 % des voix, soit ce qui lui a manqué pour égaler Le Pen).

2) Les scores des différents candidats ne s’additionnent pas nécessairement en cas d’union (à titre d’exemple, sans candidature Roussel je n’aurais voté Mélenchon).

3) Jadot, Roussel et Hidalgo avaient objectivement des différences programmatiques (et stylistiques) réelles avec Mélenchon, lesquelles avaient toute légitimité à requérir les suffrages des Français.

4) Mélenchon n’a profité d’un vote d’adhésion que pour la moitié de ses voix, l’autre étant due au vote utile : il a donc déjà siphonné tout ce qu’il pouvait siphonner chez ses concurrents et leur non-présence à l’élection n’aurait rien changé !

Est-ce qu’on se rend bien compte que face à la horde d’une partie des supporters de Mélenchon, qui semble dépasser par son ampleur vengeresse et sa violence verbale les dirigeants de la France Insoumise eux-mêmes, nous en sommes réduits à rappeler les principes les plus élémentaires du droit et de la démocratie ?

J’ai le droit de ne pas voter Jean-Luc Mélenchon. Chaque Français a le droit de ne pas voter Jean-Luc Mélenchon.

Or ce moment de folie collective rend ces évidences inaudibles. Chaque tweet, chaque parole qui ne soutient pas Mélenchon, même venant du citoyen le plus anonyme, se voit accablé de plusieurs centaines de réponses furibardes de la part d’une partie des supporters du candidat malheureux. Ce qui me fait penser que la « mélenchonisation des esprits » fonctionne malheureusement comme une machine à fabriquer de la connerie collective à vaste échelle. Nous sommes en face d’un phénomène chimiquement pur de « radicalisation ». Et nous avons là, selon moi, des indices effrayants de ce qui pourrait advenir si ce groupe politique devait conquérir des morceaux de pouvoir.

D’autant que comme tous les phénomènes de radicalisation, celui-ci se double d’un phénomène de déconnexion : en réalité, l’électorat Mélenchon, dans sa masse, ne ressemble pas à cette minorité haineuse - il contient une grande partie de sympathisants écologistes, socialistes et communistes qui ont cédé à l’appel au « vote efficace ».

Il serait souhaitable que cette majorité silencieuse reprenne rapidement ses esprits.

Jean-Michel Galano

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