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Le billet de Jean-Michel Galano. Psychologie du lyncheur moyen

C’est dans huit cas sur dix un personnage de sexe masculin. Mais on n’oubliera pas les 20 % restants, qui offrent avec lui en apparence un saisissant contraste, en réalité une  complémentarité très révélatrice.

Parfois lycéen des classes terminales économiques ou littéraires, le plus souvent étudiant, il n’est que très rarement salarié, et presque jamais à temps plein : quelques assistants d’enseignement, trois ou quatre pigistes occasionnels : le lyncheur, comme hélas tant de jeunes, « campe aux portes ».

Sans revenu fixe, il vit le plus souvent encore chez ses parents, lesquels, financièrement aisés, le mettent pour un long moment encore à l’abri du besoin.

Il a souvent réussi un cycle complet d’études, peut se prévaloir d’une licence voire même de deux, d’un master, le plus souvent en histoire, parfois en économie, quelquefois en philosophie.

Même dans ces cas de relative réussite universitaire, ses perspectives d’avenir ne sont pas radieuses : spécialisé trop tôt et trop étroitement, il voit se dérober toute perspective de carrière épanouissante. Et ne parlons pas de ceux qui sont en échec scolaire et universitaire.

Un tel manque de perspectives l’amène à avoir ce que Lucien Goldmann appelait « une vision tragique du monde ».

Vision tragique amplifiée et consolidée par sa situation psychologique.

Petit-enfant (et non enfant) de 68, il a subi à la fois les avancées de cette période, mais aussi les illusions des grands-parents et le réarmement moral des parents, dans une extrême confusion.

C’est ainsi que la lyncheuse est sûre d’elle-même, de ses droits de femme qu’elle entend faire respecter sans compromission. Elle s’est appropriée toutes les valeurs « viriles » de combativité, de dureté etc.

Le lyncheur par contre est beaucoup plus ambigu : souvent gay ou peu sûr de son orientation sexuelle, voire de son genre, il tend à abdiquer les valeurs viriles et à les laisser sans regret conscient aux filles, du moins dans la sphère privée. Il affecte souvent des pratiques régressives, que ce soit au plan vestimentaire (le short court, les couleurs pastel) ou dans les surnoms dont il s’affuble ‘petit ours, beau gosse, etc.).

La contrepartie de cette effémination ou de cette infantilisation, c’est une affectation de radicalité politique. Les valeurs viriles et guerrières ne pouvant trouver à s’exprimer ni dans une vie privée où, quand vie privée il y a, elles ont été remises à l’élément féminin, ni dans une vie professionnelle ou dans la sphère économique qui apparaît comme fermée, s’expriment dans une recherche de boucs-émissaires.

Le lyncheur se sent intimement, et non sans raison, victime : il, elle, est effectivement victime d’un système social qui prive les étudiants de débouchés, qui par ailleurs et en amont leur dispense des contenus d’enseignement sur lesquels il y aurait beaucoup à dire, qui n’a pas été jusqu’au bout de l’émancipation féminine ni du respect des modes de vie minoritaires.

Mais la problématique du lyncheur est une problématique molle : il s’identifie, non sans complaisance, comme victime, et cherche dès lors à identifier un bourreau.

D’autres victimes, notamment du chômage, du mal-logement et des incivilités, identifient leur bourreau comme étant l’immigré, celui qui va les « remplacer ».

La démarche de ceux, car ils agissent toujours en meute, qui cherchent à intimider, à exclure ou carrément à tuer le bouc-émissaire, est en définitive toujours la même : frustrés économiquement, sexuellement et historiquement, des hommes dévirilisés se créent dans la violence une virilité d’emprunt.

Jean-Michel Galano

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Le billet de Jean-Michel Galano. Psychologie du lyncheur moyen

le 30 juin 2022

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