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La rafle des Juifs étrangers du 26 août 1942. Une sombre page d’histoire des Pyrénées-Orientales

Du 11 au 26 août 1942, plus de 700 juifs étrangers furent arrêtés dans notre département. Transférés au camp de transit de Drancy, ils furent livrés aux nazis qui les déportèrent au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

C’était là le résultat des transactions qui eurent lieu, de mars à juin 1942, entre Danneker, le responsable des affaires juives de la Gestapo en France, et René Bousquet, le secrétaire général de la police de Vichy. Le 2 juillet, en échange de la promesse que les Juifs français ne seraient pas concernés, René Bousquet décida de livrer autant de Juifs étrangers que les nazis demanderaient. C’est ainsi que l’administration vichyssoise (préfets et policiers) préparèrent et exécutèrent la rafle du Vel d’Hiv à Paris le 22 juillet et celle du 26 août en Zone Sud. On peut penser que René Bousquet n’était pas mécontent de se débarrasser des milliers de Juifs « en surplus dans l’économie nationale » qui s’entassaient dans les camps de Zone sud. Rien qu’au camp de Rivesaltes, on y avait enregistré, au 31 mars 1941, 6.741 entrées, des Républicains espagnols, des tziganes mais surtout des Juifs.

Du centre d’hébergement au « Drancy de la zone sud »

Le chef du camp de Rivesaltes et le préfet des Pyrénées-Orientales apprirent le 22 juillet qu’ils devaient organiser le départ d’un premier convoi de 600 Juifs. Une commission de criblage fut mise en place et analysa le cas de 791 personnes. Certains étaient des Juifs qui, réfugiés, avant septembre 1939, en Belgique ou en France pour fuir les exactions des nazis (quelques-uns avaient été incarcérés dans les camps de concentration à la suite de la Nuit de Crystal), avaient été internés dans les camps de Gurs et de Saint-Cyprien par le gouvernement Daladier comme, ironie de l’histoire, ressortissant d’une puissance ennemie. D’autres Juifs avaient été expulsés par les autorités nazies le 22 octobre 1940 et « hébergés » dans divers camps de la Zone Sud.  Le 11 août, 400 Juifs quittèrent Rivesaltes pour Drancy. Ils y restèrent peu de temps : le 14 août les Allemands les déportèrent pour le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Puis, le 22 août, les forces de l’ordre françaises arrêtèrent 91 hommes incorporés dans les différents Groupements de Travailleurs Etrangers basés dans le département. Ils furent transférés à Drancy le 23 août avec 84 Juifs internés à Rivesaltes.

La rafle des juifs étrangers des 25 et 26 août

Enfin, les 25 et 26 août, les arrestations s’étendirent à toutes les communes du département, les policiers utilisant la liste de 650 noms élaborée à partir des réponses des maires à l’enquête diligentée par le Préfet le 25 juin. C’est ainsi, par exemple, que huit Juifs furent arrêtés à Saint-Paul-de-Fenouillet, trois à Llo, trois à Saint-Féliu-d’Amont, un à Vernet-les-Bains… Conduits au camp de Rivesaltes, ils y retrouvèrent 186 autres Juifs arrêtés dans les Pyrénées-Orientales. 

Dans les jours qui suivirent arrivèrent au camp de Rivesaltes 107 Juifs étrangers arrêtés dans l’Aude, 355 dans l’Hérault, 182 dans l’Aveyron et 36 dans la Lozère. Puis, le camp de Rivesaltes étant devenu « camp de rassemblement des Juifs étrangers pour toute la zone sud », à partir du 1er septembre affluèrent près de 1.500 Juifs provenant des camps des Milles (Bouches-du-Rhône), de Gurs (Basses-Pyrénées), de Nexon (Haute-Garonne), du Vernet-d’Ariège et de Saint-Sulpice (Tarn).

Sur les 7.000 Juifs qui passèrent par le camp de Rivesaltes, seuls 2.298 furent désignés par la commission de triage pour être transférés à Drancy. Mais, parmi ceux qui n’avaient pas été retenus, 800 autres furent arrêtés par la suite et déportés.

Transfert au camp de transit de Drancy

Entre le 1er septembre et le 20 octobre, sept convois amenèrent à Drancy 1.736 Juifs.  Ainsi, le 1er septembre, 173 Juifs, encadrés par 36 gendarmes, furent transportés dans sept wagons à bestiaux pour les hommes et dans un wagon de voyageurs pour les femmes et les malades.

Le camp de Drancy était installé au nord-est de Paris, dans un vaste bâtiment en cours de construction d’un quartier de HLM. Comportant quatre étages, il était bâti en U autour d'une vaste cour. On l’entoura de barbelés et des miradors furent installés à ses quatre coins. Les Juifs venant de Rivesaltes n’y restaient que quelques heures avant d’être livrés aux Allemands et déportés. Ainsi ceux du convoi parti de Rivesaltes le 14 septembre, furent embarqués, le 16, dans les wagons à bestiaux d’un « transport » en partance pour le KL d’Auschwitz-Birkenau.  

Auschwitz-Birkenau : un camp d’extermination

Après trois interminables jours de voyage dans des conditions épouvantable et vers une destination et un avenir inconnu, les convois franchissaient l’entrée du camp d’Auschwitz-Birkenau. A peine sortis du train, les prisonniers subissaient la Selektion. D'un côté, on faisait ranger les faibles, les personnes âgées, les malades, les femmes enceintes, les enfants pour les conduire vers ce qu'on leur laissait croire être des douches, mais en fait des chambres à gaz. D'un autre côté, on parquait les adultes jugés les plus valides par les SS et destinés au travail forcé dans des kommandos, en particulier ceux de l’usine de la société IG Farben située à Auschwitz III – Monowitz où la mort par épuisement après quelque mois de travail était la norme.

Aussi, sur les 2.289 Juifs qui furent déportés aux camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, n’y eut-il que 84 survivants.

Leur mort doit nous interpeller

Comment en est-on arrivé à ce que des fonctionnaires et des membres des forces de l’ordre aient conçu et exécuté les rafles des Juifs étrangers tant à Paris qu’en Zone Sud. La tradition d’obéissance à la hiérarchie ne peut tout expliquer. La mise en œuvre de consignes totalement contraires aux idéaux républicains fut favorisée par un « bourrage de crâne » entrepris depuis des décennies. Juillet 1940 vit arriver au pouvoir non seulement des catholiques intégristes vouant aux gémonies les Juifs déicides mais aussi des antisémites militants. Par ailleurs, depuis la crise du système capitaliste de 1929 et ses catastrophiques conséquences sociales, la xénophobie faisait des ravages même dans des milieux modérés : en 1932, le radical Herriot fit voter une loi sur la préférence nationale à l’embauche. Puis, en 1938, devant l’afflux de réfugiés apatrides (Juifs du III° Reich, Républicains espagnols), le radical Daladier signa un décret-loi instituant l’internement des « indésirables étrangers ». Enfin, dans l’ambiance délétère de l’été 40, le maréchal Pétain promulgua le premier statut des Juifs. Le Juif et le Juif étranger était donc devenu le bouc émissaire par excellence.

Toutefois, les rafles de l’été provoquèrent un électro-choc dans une partie de la population. En témoigne, la lettre pastorale que, le 23 août 1942, Jules Saliège, archevêque de Toulouse fit lire dans toutes les paroisses de son diocèse à la suite du transfert de Juifs vers « une destination inconnue » : « Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d’autres. »

Qu’il est triste, dramatique même, de constater que ce message est toujours d’actualité.

Georges Sentis
Docteur en Histoire

Pour plus de renseignements, lire le livre d’Alexandre Doulut Les Juifs au camp de Rivesaltes : internement et déportation (1941-1942).

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