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Pour un congrès du communisme (Jean-Malik Lemaire, section de Perpignan)

Ce que je souhaite pour notre 39ème congrès, c’est un débat qui prenne de la hauteur et de la profondeur.

La situation est grave, je n’y insiste pas :

  • crise sociale avec une montée des inégalités et de la précarité ;
  • crise écologique qui menace les conditions de vie sur la planète ;
  • crise politique avec hégémonie des idées libérales, montée de l’extrême droite, défection démocratique, absence de perspective alternative, montée du militarisme, de la violence et du bellicisme.

Face à tout cela, il y a urgence.

Nous devons d’abord faire un bilan des orientations du 38ème congrès.

Un de ses objectifs centraux était de donner ou de redonner de la visibilité au parti.

À ce sujet, nous écrivions dans la résolution : « Nos scores électoraux ne traduisent pas l’audience réelle du PCF dans le pays, ni les potentialités de reconquête de notre influence. Mais ils sont facteurs d’affaiblissement, de perte de visibilité nationale, d’effacement de notre parti. »

De ce point de vue, on ne peut pas dire que nos différents scores électoraux aient été à la hauteur espérée. Nous n’avons plus de député.e au parlement européen et le résultats des élections municipales, départementales, régionales ne font pas apparaître un progrès notable de nos positions. Quant à l’élection présidentielle que nous avons tenue pour un enjeu majeur, nous y obtenons un résultat supérieur de 0,3 points à celui jugé historiquement bas de 2007. De ce fait nous ne sommes toujours pas parvenus à faire élire un nombre de députés suffisant pour constituer un groupe qui puisse porter le nom de notre parti, ce qui nous singularise parmi les autres formations de la gauche.

À chercher la visibilité à la présidentielle, élection que nous condamnons et que nous voulons même supprimer, nous avons, de façon paradoxale, sacrifié la visibilité aux législatives, que nous considérons comme une meilleure expression de la démocratie.

Certes notre secrétaire national a été médiatisé, il est identifié. Nous avons fait une bonne campagne. Mais comment ce fait-il alors que nous n’ayons pas mieux résisté à ce que nous avons qualifié de « vote utile » ? Nous devons nous poser la question.

Quel est l’effet de cette campagne, en dehors de son résultat électoral décevant ? A la Fête de l’Huma, nous avons accueilli 400.000 visiteurs. Nous n’avons réalisé que 100 adhésions, contre 800 à 1.000 ordinairement.

Nous voulons une visibilité certes. Mais quelle visibilité ?

On ne peut accepter que l’image de notre parti soit réduite à la personnalité d’une ou d’un dirigeant quel qu’il soit. Nous n’avons pas besoin d’un chef, nous n’en voulons pas. Nous sommes le parti de l’intelligence collective. C’est pourquoi l’élection présidentielle ne peut être un vecteur privilégié de notre visibilité.

Ce dont nous avons besoin pour enrayer notre déclin c’est d’un parti qui cherche moins à se montrer qu’à être réellement utile à notre peuple. Ce n’est manifestement pas sous cet aspect que nous sommes apparus à l’élection présidentielle. Dans la crise politique que nous connaissons, le danger de l’extrême droite est évident. Nous avons cependant refusé de le prendre en compte dans cette séquence électorale, dont l’enjeu premier était d’empêcher le duel fatidique. C’est une faute. Les électeurs ont tranché pour nous, contre nous.

Ensuite, la grande question du congrès devrait porter sur le communisme.

Fabien Roussel rappelle dans son rapport au CN du 17 septembre l’objectif que se fixait le 38ème congrès, je cite : « un effort de novation est devant nous, de même qu’une bataille d’idées est à mener pour mettre le communisme à l’ordre du jour dans les consciences, l’inscrire au centre des débats sur le devenir du monde, faire mesurer combien notre société porte cette nécessité ».

Il conclut en affirmant que « beaucoup a été fait en ce sens depuis ».

Il faut visiblement que nous ayons un débat sur le sens que nous donnons au mot communisme.

Fabien Roussel reconnaissait lui-même que son programme, ce n’était pas le communisme. Ce mot n’y figure d’ailleurs pas. La France des Jours heureux, c’est « la France qui protège ses citoyens » écrit-il dans la préface, « c’est la France de la République sociale ».

C’est la raison pour laquelle nous avons du mal à nous différencier du programme de la France insoumise (en dehors du nucléaire).

Si nous parlons de « protection » c’est que le capitalisme est toujours là. Proposer la participation des travailleurs à la gestion des entreprises ne change pas la nature capitaliste de celles-ci. La sécurité d’emploi et de formation protège les salariés, implique un réaménagement des aides publiques aux entreprises pour son financement mais ne subvertit pas la main mise capitaliste sur le travail.

Nous restons dans une démarche que Bernard Vasseur à qualifié d’« étapisme » qui va à l’encontre de ce que nous écrivons dans nos résolutions de congrès. Nous ne mettons pas le communisme à l’ordre du jour.  Nous ne donnons pas à voir ce que pourrait être une sortie du capitalisme.

En regard de ces propositions, nous devons mettre sur la table celles qui ont été élaborées par notre camarade Bernard Friot et d’autres penseurs qui posent l’actualité du communisme, dont les prémisses sont déjà là avec les conquêtes de la Libération. Nous ne pouvons nous contenter d’exiger une autre utilisation de l’argent, une meilleure répartition de la richesse, il nous faut revendiquer la souveraineté sur sa création, la souveraineté sur le travail. Nous avions demandé lors de notre conférence fédérale préparatoire au 38ème congrès que le débat s’ouvre sur le salaire à vie ou salaire à la qualification à la personne, financé par la cotisation sur la valeur ajoutée, avec toutes les institutions qui l’accompagnent. Il n’en a rien été. Pourquoi ?

Ce débat doit avoir lieu au 39ème congrès. Mettre le communisme à l’ordre du jour nécessite un tel débat. Il doit avoir lieu sérieusement, sereinement, fraternellement, sans polémique inutile.

Marx assimilait le communisme à la sortie de la préhistoire. Mesurons ce que cela signifie en termes de révolution anthropologique et, au regard des urgences du temps présent, arrêtons de le remettre à demain. Une telle démarche n’a rien d’utopique, nous ne partons pas de rien avec les avancées que nous avons déjà réalisées, telles que le régime général de la Sécurité sociale et le statut des fonctionnaires. Si nous considérons, comme nous l’avons dit au congrès, que le communisme est d’actualité, avançons dans la voie tracée. Le communisme porte en lui-même les moyens de son avènement, c’est par le communisme que nous iront au communisme. Il n’y a pas d’étapes préalables, la situation est plus que mûre, n’attendons pas qu’elle pourrisse.

Enfin, il nous faut examiner comment, dans la diversité de nos pratiques, nous devons articuler le combat communiste.

Il nous faut l’articuler tout d’abord avec l’action quotidienne contre la politique du gouvernement dans le cadre de notre stratégie de rassemblement. L’avènement de la NUPES est la bonne nouvelle de cet épisode électoral. Nous devons cultiver cette alliance des diverses forces de gauche, dans laquelle, loin de perdre notre âme et notre identité, nous devons jouer un rôle moteur de propositions fondées sur notre conception du communisme. Nous devons y animer le débat sur les grands enjeux qui nous sont communs en montrant comment c’est le capitalisme qui est l’obstacle et le communisme la solution.

Notre activité au sein de ce rassemblement doit être couplée avec une action autonome du parti sur nos propres conceptions dans les quartiers et surtout dans les entreprises pour faire grandir en bas dans les luttes l’aspiration communiste.

Nous devons aussi articuler notre combat communiste avec tous les combats spécifiques qui visent à l’émancipation et qu’il nous faut prendre en compte avec avec leurs modalités et leurs finalités propres : féminisme, antiracisme, lutte contre l’homophobie et contre toutes les discriminations ainsi que les combats pour la paix et la coopération internationale.

Ces articulations supposent une élaboration de nos pratiques sur le mode du « en même temps », que nous pouvons aussi qualifier de dialectique et qui devrait faire l’objet d’une réflexion et d’un débat approfondis au congrès.

Telles sont les questions essentielles que nous devrions traiter pour faire de ce 39ème congrès un vrai congrès communiste qui nous donne les moyens de faire reculer l’idéologie libérale et celle de l’extrême droite, et qui nous permette de regagner en efficacité, en visibilité et en audience dans la jeunesse et dans le monde du travail.

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Pour un congrès du communisme (Jean-Malik Lemaire, section de Perpignan)

le 01 novembre 2022

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