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Le billet de Jean-Michel Galano. Grandeur et décadence d’une certaine écologie

Les revendications écologistes et environnementales sont apparues sur la scène politique au début des années 70. Largement issues du mouvement de mai et juin 58, elles étaient à la fois parallèles et distinctes des combats de la gauche : elles attiraient à juste titre l’attention sur la préservation de l’environnement en France et dans le monde, dénonçaient la course aux armements, l’habitat insalubre, l’insécurité au travail, mais aussi le racisme, le paternalisme à l’école et le patriarcat dans les familles. Il s’agissait d’un courant d’idées généreuses, plutôt libertaires que véritablement progressistes, sans organisation politique ni leadership, présente surtout dans une certaine presse influente dans la jeunesse lycéenne et étudiante : Charlie, Charlie hebdo, Actuel etc…  Ces magasines faisaient de l’éducation populaire. Je me souviens de BD ridiculisant les « dragueurs lourds » et les comportements machistes, dénonçant férocement le racisme, instruisant le procès d’une société du fric, du toc et du gaspillage. Tout cela dit par des jeunes pour des jeunes, crûment, avec drôlerie et aux antipodes de toute langue de bois.

Un des aspects et non des moindres de cette « éducation populaire » qui ne disait pas son nom, c’était son attachement au patrimoine culturel, indissociable des autres revendications. Le  bétonnage de nos côtes, la déforestation,  la construction de grands ensembles sans âme éveillait la colère. Une anecdote me semble hautement significative : quand les halles de Paris furent déménagées à Rungis, Charlie Hebdo fut partie prenante du mouvement qui sauva de la destruction l’un au moins des « Pavillons Baltard », démonté puis remonté dans le bois de Vincennes. Le ministre de l’intérieur Raymond Marcellin ayant cru bon d’ironiser sur « ces admirateurs de la Commune de Paris qui défendent le style Napoléon III » s’attira de la part de Cavanna la réplique suivante : « S’il en était besoin, nous défendrions à Poitiers l’église Sainte Radegonde, art roman, sans être pour autant suppôts du Pape ».

Telle était à cette époque la mouvance écologiste : distante à l’égard des partis politiques, jalouse de son indépendance, mais pleinement engagée dans les combats sociétaux. Et on peut la créditer d’avoir été utile à la formation de toute une génération de citoyens.

« Comment en un plomb vil l’or pur s’est-il changé ? », interroge le poète… Il est presque trop facile de montrer le contraste entre la forte aspiration de toute une jeunesse et, au-delà, de toute une société il y a un demi-siècle et ce qu’elle est devenue de nos jours. Non pas que les revendications écologistes aient perdu de leur raison d’être, bien au contraire. Mais, récupérées par les forces du capital, mises au service d’une politique de désindustrialisation, retravaillées dans le sens de l’individualisme, confisquées par des ambitions personnelles, elles ont été affreusement dévoyées. Je soulignerai simplement trois aspects de cette dérive, d’ailleurs imbriqués.

  • L’irrationalisme : Jets de divers liquides sur des tableaux, dégradation de fresques et autres actions soi-disant « symboliques », qui viennent s’ajouter aux moqueries sur les « délires de petits blancs qui pleurent sur des morceaux de bois » entendues après l’incendie de Notre-Dame. Sans parler de l’appel à la censure des manuels scolaires, à la reprise en main des contenus d’enseignement, aux attaques contre les mathématiques, etc… L’irrationalisme s’en prend à la fois aux héritages culturels, à la science et au droit : que de tentatives pour substituer le lynchage à la justice, le préjugé à la preuve ! Désormais l’extrême-droite n’est plus la seule à prétendre régenter la culture, la mémoire et les comportements. Mais qui à part elle en tire bénéfice ?
  • Le catastrophisme : on va dans le mur, on va tous mourir, les avancées technologiques nous éloignent de plus en plus de la nature, l’humanité est empoisonnée, il n’y a ni futur ni espoir, la démocratie n’est qu’un leurre, la science mène à la pollution et à la destruction des espèces. Etc. Cette conception absolument négatrice de toute possibilité de progrès, cette persuasion que l’histoire est terminée, a surtout l’avantage de donner à celles et ceux qui la développent le statut de prophètes, ce qui nous ramène aux temps troublés qui précédèrent le christianisme, ou encore aux terreurs de l’an Mil… Il n’est pas étonnant que ce manque de confiance dans l’humanité aille de pair avec la tentative de réhabilitation des jeteurs de sorts et de la magie…
  • La tentation autoritaire : Seule une élite auto-proclamée possède la vérité sur ces questions. Elle n’a ni le temps ni la volonté de la faire connaître par le biais d’un débat mettant en jeu de la rationalité, des arguments et de la logique. Il s’agit de l’imposer par des actes spectaculaires propres à frapper l’imagination, actes susceptibles d’être relayés par les médias et les réseaux sociaux. Le spectacle substitué à la délibération, la magie de la punchline  et de l’image en lieu et place d’argumentation, le prêchi-prêcha des illuminés érigé en dogme irrécusable, voilà où nous en sommes rendus.

L’histoire heureusement n’est pas finie. De toutes parts s’expriment  des aspirations à de nouveaux rapports sociaux, à une croissance plus qualitative et surtout à des formes de pensée et de création nouvelles. La jeune génération ne laissera pas longtemps les communicants et les « influenceurs » parler en son nom. Comme le disait Diderot, « rira bien qui rira le dernier ».

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Le billet de Jean-Michel Galano. Grandeur et décadence d’une certaine écologie

le 07 novembre 2022

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