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Le billet de Jean-Michel Galano. Chat perché

Loin de moi l’idée de vouloir excuser en quoi que ce soit les excès de langage auxquels s’est livré Cyril Hanouna le 10 novembre lors de son émission TPMP quand il a répondu vertement à Louis Boyard, autrefois chroniqueur rémunéré dans la même émission et désormais député du Val-de-Marne, venu pour faire le buzz. On ne parle pas aux gens comme cela. Même quelqu’un qui est hors-sujet, qui est venu délibérément faire son numéro, on doit le laisser parler : en général, cela suffit pour que la personne en question se discrédite toute seule, l’élévation des décibels étant rarement proportionnelle à celle de la pensée. Les invectives, les morceaux de bravoure appris par cœur, les piques envoyées, se retournent toujours contre ceux qui les expédient. C’est ce qu’on appelle l’effet boomerang.  Boyard voulait dire, si j’ai bien compris, que les migrants embarqués sur l’Ocean Viking fuyaient une misère dont Bolloré, patron de la chaîne C8, était au moins en partie responsable, vu les intérêts qu’il a dans des entreprises qui se livrent à la déforestation. Le raisonnement me paraît tortueux : ce que fuient ces migrants, c’est me semble-t-il d’abord la guerre civile, une guerre dont la responsabilité incombe entre autres aux puissances occidentales qui ont déstabilisé la Libye, précipitant ce pays dans le chaos. Mais après tout, c’était le droit de Boyard de le tenir et de l’argumenter. Il nous aurait peut-être convaincus.

Ce qui est beaucoup plus gênant, c’est l’attitude de Louis Boyard. Venir chez Bolloré pour dénoncer Bolloré, soit. Y revenir en invité indocile alors qu’on y a été rémunéré en tant que chroniqueur complice, jamais en retard d’une vulgarité, c’est cracher dans la soupe. Mais quand, une fois pris à son propre piège, on brandit son statut de député de la République et qu’on réclame pour soi un respect qu’on refuse à tous les autres, cela s’appelle dans toutes les cours de récréation jouer à chat perché. Ou encore se moquer du monde.

Il y a un système derrière tout cela : on provoque, on se fait répondre vertement, on se pose en victime. C’est le populisme victimaire. Excellente manière de faire la une des médias, de se valoriser et de voler la vedette aux vrais problèmes, ceux de la guerre, du chômage, de l’inflation et des fins de mois difficiles. Et il est un peu ridicule de se dire anti-système un jour et de se draper dans son écharpe tricolore le lendemain.

La politique n’a rien à gagner dans cette course à qui sera le plus populiste. L’audimat, malheureusement, si. Il est grand temps de réhabiliter le débat contradictoire, franc et sans complaisance, mais respectueux des personnes et du public.

Jean-Michel Galano

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Le billet de Jean-Michel Galano. Chat perché

le 16 novembre 2022

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