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Le billet de Jean-Michel Galano. Non, produire ce n’est pas nécessairement polluer

Se répétant sans jamais se renouveler, les prêcheurs d’austérité nous reprochent aux individus de trop consommer et à la société de trop produire. Alimentation, vêtements, mobilier, rien n’échappe à leur vindicte simpliste. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas l’indignation sélective.

Pourtant, il y aurait lieu de distinguer, et surtout de pointer des responsabilités. Car la pollution est un fait : envahissement de déchets non recyclables, déforestations, bétonnage, empoisonnement de cours d’eau, atteintes à la biodiversité, gadgets électroniques à obsolescence programmée dont la fabrication nécessite le pillage des « terres rares » et qui nous arrivent d’Asie par containers entiers hyper polluants, pour finir au fond de nos tiroirs  ou de nos placards, ayant généré au passage profits et pollution… la liste est longue et même interminable.

Pour autant, comment ne pas voir que c’est la recherche du profit à court terme et à tout prix qu’il fait incriminer ? Qui pollue ? L’exploitation de la misère à l’autre bout du monde fait système avec la pauvreté chez nous. Pauvreté qui oblige l’immense majorité à ne consommer que ce qu’il y a de moins cher sur le marché. Pauvreté qui n’est pas seulement économique, mais culturelle aussi, et qui faite d’accès au bon et au beau livre la grande masse des humains au « fétichisme de la marchandise » déjà dénoncé par Marx.

Travailler, ce serait produire, et produire ce serait polluer ? Quel simplisme ! Outre que tout travail n’est pas productif (il y a la reproduction, le soin, l’éducation, l’information…), l’immense majorité des productions ont pour finalité initiale la création et la consolidation d’un monde humain. Non pas l’adaptation à une nature étrangère et hostile, mais tout au contraire l’adaptation de la nature à des besoins humains et à des normes humaines. Et cela n’est pas nécessairement une destruction de la nature, qui ne cesse de s’autodétruire (les gros mangent les petits, la biodiversité n’est pas une harmonie mais au contraire la guerre de tous contre tous). C‘en est plutôt la stabilisation. Par exemple, les cultures en espalier stabilisent les sols et font barrage aux incendies. La chasse et la pêche sont, quoique on en dise et quelques assassins mis à part, utiles à la préservation de la forêt et des cours d’eau.

La production industrielle aussi peut nous rendre la vie plus longue et meilleure, en contribuant à la création d’un milieu où les êtres humains puissent s’émanciper du joug naturel et des rapports de force pour vivre ensemble : les améliorations de l’outillage, le perfectionnement des machines, rendent peu à peu insignifiantes les différences de force physique. C’est ici que les choses se renversent : ne pas produire, c’est laisser aller les choses, entériner la loi de la jungle et la prédation des faibles par les forts.  Oui, le progrès technique est porteur, au moins potentiellement, d’égalité et d’universalisme.

Encore faut-il que toutes et tous puissent y avoir accès, et que les normes qui le gouvernent soient la satisfaction des besoins humains et non la rentabilité du capital. C’est là que manifestement le bât blesse dans nos sociétés, et l’on ne s’en sortira pas par un recul de civilisation.

Jean-Michel Galano

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Le billet de Jean-Michel Galano. Non, produire ce n’est pas nécessairement polluer

le 24 novembre 2022

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