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Le billet de Jean-Michel Galano. Sport : les arbres et la forêt

« Pour la jeunesse, nous faisons le choix du travail, du sport et de la solidarité, et non pas celui de la drogue et du chacun pour soi » : quarante ans après, cette phrase de Georges Marchais n’a rien perdu de sa pertinence. Bien au contraire, serait-on tenté de dire, tant est forte l’exaltation dans les médias et chez certaines personnalités politiques, de l’individualisme et du repli sur soi, de la paresse et de la peur de l’autre.

Le statut du sport est significatif à cet égard. Les médias popularisent jusqu’à l’outrance un petit nombre de « stars », dont le nom se retrouvent sur toutes les lèvres, qui assurent un spectacle parfois de grande qualité (et parfois non), et qui font rêver. Il faut rêver : on ne peut pas perpétuellement se cramponner aux tâches et aux duretés du quotidien, on a besoin d’autre chose, et si le spectacle du sport peut nous apporter un peu de plaisir et de prise de distance, tant mieux. Mais une chose est de se décoller temporairement du réel pour le mettre en perspective et parvenir à mieux le maîtriser, autre chose est de marcher, comme on dit, à côté de ses pompes. Le rêve a tôt fait si l’on n’y prend garde de devenir un refuge, voire une prison.

Or le fait est que dans la vie réelle, le sport c’est d’abord l’engagement associatif de centaines de milliers de bénévoles qui font vivre au quotidien des valeurs de camaraderie, de persévérance et de désintéressement. Ces valeurs, que certains se permettent parfois de dénigrer, structurent en profondeur notre société et donnent un magnifique exemple de « vivre ensemble ». Elles assurent une continuité entre les générations, tissent des liens transversaux, sont même une mesure de vitalité : un village où « il n’y a même plus d’équipe de foot », c’est un village qui se meurt.

Ce riche tissu associatif est aujourd’hui menacé. Les collectivités territoriales ont de moins en moins de moyens pour l’entretenir. Le sport business draine les subventions de l’État, les sponsorings et la couverture médiatique. Les salaires mirobolants de quelques icônes médiatiques cachent la médiocrité de ce qui est alloué à la masse des sportifs professionnels, et aux difficultés de leur reconversion une fois leur carrière terminée. Et il faut savoir que, selon les instances officielles elles-mêmes, la majorité des sportifs de haut niveau vit en dessous du seuil de pauvreté.

Il n’est peut-être pas inutile de se remettre ces choses-là en mémoire en une période d’hyper médiatisation du sport spectacle comme celle que nous sommes en train de vivre. Le sport est une partie intégrante de la culture. Comme l’art, il est malmené par les logiques de marché, qui exigent rentabilité à court terme et endormissement des esprits. Cette forêt, il ne faut pas que des arbres, même somptueux, nous la cachent.

Jean-Michel Galano
 

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Le billet de Jean-Michel Galano. Sport : les arbres et la forêt

le 30 novembre 2022

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