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La sécheresse : Introduction

Les ressources en eau dans tous les états membres d’Europe sont soumises à un stress croissant, avec un déséquilibre inquiétant entre la demande et la disponibilité des ressources, à la fois à l'échelle temporelle et géographique. Ainsi, le stress hydrique touche un tiers du territoire de l'UE toute l'année et la fréquence et l'intensité des sécheresses ont augmenté au cours des trente dernières années. En cause, la surexploitation de l'eau, en particulier pour l'irrigation, mais aussi pour l'utilisation industrielle et le développement urbain.

Ce n'est pas seulement un problème pour les régions arides, avec de faibles précipitations et une forte densité de population qui sont susceptibles d'augmenter le stress hydrique ; les zones souffrent également de fréquentes pénuries d'eau et/ou de solutions d'approvisionnement coûteuses.

De plus, le changement climatique exacerbe ces problèmes : la pénurie d'eau devrait affecter en 2030 environ la moitié des bassins fluviaux de l'UE. La concurrence croissante pour les ressources en eau entre différents secteurs émerge déjà et les prix de l’eau n’intègrent pas encore assez externalités des usages, ce qui permettrait de proposer une gestion bien plus holistique et durable de la ressource. Il est donc nécessaire de protéger et de réserver des ressources de haute qualité pour l'approvisionnement en eau potable humaine.

Pour faire face aux périodes de sécheresse récurrentes et limiter les prélèvements d’eau dans un milieu naturel fragilisé, nos voisins européens se sont déjà mobilisés en développant la réutilisation des eaux usées traitées (REUT). À titre d’exemple, citons le Plan Hydrologique (AGUA Plan) adopté par le gouvernement de l’Espagne en 2000, qui prévoit l’usage exclusif des eaux recyclées pour golfs sont concernés), ou bien la ville de Milan qui a démarré la plus grande usine de réutilisation des eaux usées en Europe avec une capacité de plus d’un million habitants. Dans ce contexte d’expansion du recyclage des eaux, la France, pourtant l’un des pays européens les plus dynamiques dans ce domaine dans les années 1980 avec la réutilisation des eaux usées urbaines pour l’irrigation agricole, est aujourd’hui très en retard.

Dans le mouvement de transition vers une économie circulaire, la REUT doit pouvoir devenir un chapitre à part entière dans les plans de stratégie de gestion de l’eau en Europe, et plus particulièrement en France. L´étude dresse un état des lieux de la situation nationale, en explicitant comment la REUT s’intègre dans le paradigme de l’économie circulaire et pourrait optimiser le « petit cycle » de l’eau au niveau des territoires et des bassins versants, et quels sont les freins et leviers à son développement. Ce panorama montre tout le potentiel qui réside dans les eaux usées, et ce pour l’ensemble des secteurs. Il pourra donc servir de base deréflexion pour l’ensemble des acteurs de l’eau en France, et plus particulièrement la sphère publique.

Bientôt deux ans de sécheresse dans les Pyrénées-Orientales : « L’ère de l'eau gratuite est terminée »

« Catastrophique », « alarmant », « historique », « inédit »… Dans les Pyrénées-Orientales, il n'y a guère que les épithètes qui pleuvent. Le département le plus au sud de la France continentale est à sec depuis près de deux ans, un record. En cette mi-décembre, le soleil rasant de la fin d'après-midi rougit les plants de vigne, recroquevillés face aux assauts de la tramontane et ceux, plus insidieux, de l'absence chronique d'eau.

Passant entre les ceps, Marc Chabanol inspecte, inquiet, les branches qui ont à peine poussé cette année, faute d'être irriguées. « Là, c'est parti, mais c'est mort, ça a séché », commente-t-il l'air sombre, en montrant une brindille à peine plus longue que sa main.

Depuis deux ans, cet arboriculteur et vigneron de 26 ans se bat pour sauver de la sécheresse la vigne et les abricotiers qu'il cultive avec son père Dominique à Espira-de-l'Agly, au nord-ouest de Perpignan.

De la pluie partout… sauf en Méditerranée

Pourtant, il pleut ailleurs, et pas qu'un peu. « Depuis le milieu du mois d'octobre, la France est arrosée copieusement », décrit à l'AFP Simon Mittelberger, climatologue à Météo France. A une exception près: le pourtour méditerranéen.

Dans les Pyrénées-Orientales, la sécheresse dure depuis 2021, rappelle-t-il. Après un déficit « historique » de pluie l'an dernier, 2023 devrait être à peine mieux rincée. Deux années exceptionnellement sèches d'affilée pour ce département, c'est du jamais vu.

La terre est totalement desséchée. « En plein mois de février 2023, les sols avaient un degré d'humidité comparable à celui d'un mois d'août », se souvient M. Mittelberger. Aujourd'hui, ils sont aussi arides qu'à la fin de l'été.

Des restrictions renforcées et prolongées

Les mesures de restriction sur l'usage de l'eau, en vigueur depuis le printemps 2022, ont encore été renforcées et prolongées jusqu'au 1er février.

Contraint à la rationner, Marc Chabanol a dû faire des choix. Sur six hectares d'abricots, il n'en a arrosé que trois. Le reste n'a donné aucun fruit, et certaines parcelles ont été sacrifiées. « Sur une petite exploitation comme la nôtre, c'est une énorme perte », soupire-t-il.

Le pire, c'est l'incertitude. Les arbres restants, déjà malmenés, survivront-ils à de nouvelles privations ? « Pour l'année prochaine, ça ne présage rien de bon, parce qu'il ne pleut toujours pas », lâche l'arboriculteur aux larges épaules un peu voûtées par le souci.

Géographie et changement climatique

L'absence de pluie est en partie due à la géographie. Si les précipitations viennent de l'ouest, elles sont bloquées par le massif des Pyrénées. Mais le dérèglement climatique joue aussi un rôle. Sur le pourtour méditerranéen, « on s'attend à une baisse des précipitations dans le contexte du changement climatique », prévient le climatologue Simon Mittelberger.

L'hydrogéologue Henri Got regarde le lac de Villeneuve-de-la-Raho, retenue destinée principalement à l'usage agricole, vidée aux deux tiers par la sécheresse. La situation des nappes phréatiques du département est « catastrophique », grimace-t-il. « Elles n'en peuvent plus. (...) Je ne sais pas comment on va attaquer l'été. »

Derrière lui, se dresse le pic du Canigou. Plus haut sommet du département, il assume un rôle de château d’eau en restituant au compte-gouttes, à l'arrivée du printemps et de l'été, l'eau de la fonte des neiges. Sa cime, hélas, n'est pour l'instant qu'à peine blanchie.

« L’ère de l'eau gratuite est terminée »

À 25 kilomètres de là, un pont de la commune de Rivesaltes enjambe la rivière Agly... ou ce qu'il en reste. Le cours d'eau est à sec depuis le printemps. Se tenant au milieu de son .lit, Eric Le Balier, militant écologiste d'Alternatiba 66, énumère des solutions

Il faut s'adapter, réaliser des « économies d'eau drastiques à tous les niveaux », dit-il. « On ne peut plus se permettre de remplir sa piscine, de laver sa voiture tous les quatre matins. » « L’ère de l'eau gratuite est terminée », abonde Henri Got, qui appelle à un changement « radical » des pratiques.

Les deux hommes citent l'exemple de Barcelone, soeur catalane de Perpignan, qui multiplie les initiatives : réutilisation des eaux usées pour l'agriculture, usine de dessalement de l'eau de mer, importation d'eau douce depuis le Rhône par tanker... Autant d'idées qu'il faudra bien se résoudre à envisager de ce côté des Pyrénées.

Au crépuscule, les troncs des abricotiers tronçonnés de Marc Chabanol se dressent, hirsutes. Certains refusent de mourir : s'y accrochent des pousses vertes qui pourraient .passer l'hiver si la pluie daignait tomber.

Recycler les eaux usées: un impératif face à des besoins croissants

Traiter les eaux usées réduit la pollution et prévient les maladies mais c'est aussi devenu un impératif pour répondre à une demande croissante en eau dans le monde, affirme un .rapport de l'ONU de 2017.

Les eaux usées représentent une ressource précieuse dans un monde où l'eau douce « disponible est limitée et la demande en hausse », estime Guy Rider, président de l'ONU-eau, à l'occasion de la journée mondiale de l'eau le 22 mars. D'ici 2030, la demande pour .les ressources en eau pourrait croître de 50 %, essentiellement dans les villes.

Nous devons tous recycler davantage les eaux usées pour satisfaire les besoins d'une « population en augmentation et préserver les écosystèmes », ajoute-t-il dans un communiqué publié conjointement par ONU-eau et l'Unesco, qui a coordonné le rapport. « Les eaux usées, une ressource inexploitée. »

Si le document rappelle les enjeux sanitaires et environnementaux (en 2012, 842.000 décès ont été liés à une eau contaminée et à des installations sanitaires inadaptées), il invite à élargir la question du traitement de l'eau à celle de la préservation de cette ressource indispensable. « Concrètement, le traitement des eaux usées génère de nouvelles ressources en eau », résume Richard Connor, le rédacteur en chef du rapport. Or, l'intérêt des décideurs s'est jusqu'ici porté avant tout sur l'approvisionnement en eau « plutôt que sur sa gestion après son utilisation », déplore l'Unesco, pour qui « les deux » aspects sont indissociables.

Aux États-Unis, l'eau de certains fleuves est utilisée jusqu'à vingt fois avant d'atteindre la mer. « Dans la station spatiale internationale, l'eau pour se laver et boire et celle provenant .des urines est la même depuis des années! » s'exclame Richard Connor.

À plus grande échelle, rendre l'eau de nouveau potable est possible: en Namibie, la capitale Windhoek, traite 35 % de ses eaux usées pour réalimenter les réserves d'eau potable et les habitants de Singapour et de San Diego (Californie) boivent de l'eau recyclée.

Mais l'objectif principal et plus facilement atteignable est que l'eau traitée soit utilisable en agriculture, qui représente environ 70 % de la demande mondiale de cette ressource. Les .besoins de ce secteur sont ainsi satisfaits en puisant moins dans les nappes phréatiques - des eaux usées non traitées 80 % -.

Dans cette voie, la Jordanie a été un précurseur dès la fin des années 70 (90 % des eaux traitées sont destinées à l'agriculture), avant que d'autres pays arabes s'y mettent, et Israël est en pointe avec près de 50 % des terres cultivées arrosées avec de l'eau recyclée.

Avec 10 % des terres irriguées dans le monde de cette manière, la marge de progression est énorme.

Toutefois, pour que cette solution soit bien acceptée, il faut informer en amont la population et donner des garanties sur la qualité.

Au-delà de leur ré-utilisation, le rapport met en avant le gisement de matières premières (phosphore et azote) et de biogaz que représentent les eaux usées, et le revenu potentiel qui peut en être tiré.

La ville d'Osaka produit ainsi chaque année 6.500 tonnes de carburant solide à partir de 43.000 tonnes de boues d'épuration. Et le Japon vise 30 % d'énergie à partir des eaux usées d'ici à 2020.

En Suisse, les phosphates vendus doivent comporter 1 % de produit récupéré par traitement des eaux.

Pour les villes des pays en développement, là où « la crise est la plus grave », Richard Connor insiste sur l'intérêt de technologies peu coûteuses : zones humides artificielles, étangs de stabilisation, fosses septiques avec séparation des solides et des liquides, etc L'option la plus viable, ce n'est pas forcément les systèmes centralisés d'assainissement « exigeant un important investissement et ayant des frais de gestion élevés », affirme-t-il Quel que soit le système, le chantier est gigantesque: 80% des eaux usées dans le monde sont rejetées sans traitement - plus de 90% dans certains pays - ce qui aboutit à répandre dans la nature bactéries, nitrates, solvants chimiques et médicaments.

Face à la sécheresse, Barcelone va recevoir de l'eau du Rhône par bateau

L'eau du Rhône pourrait ainsi transiter par navire jusqu'à Barcelone

Le port de Barcelone se prépare à recevoir des bateaux chargés d'eau venus de zones non impactées par une extrême sécheresse comme Marseille, Tarragone ou encore Murcie.

Le ministre catalan de l'Action climatique, David Mascort i Subiranas, indiquait ainsi à la radio RAC 1 que « toutes les formules pour obtenir de l'eau » étaient étudiées. Mais pour .cela, le port de Barcelone doit subir un petit lifting à 4 millions d'euros.

D'ici quelques mois, Barcelone pourra donc accueillir, en cas de besoin urgent, ses premiers bateaux chargés d'eau du Rhône ou de l'Ebre. « Une eau qui coûte très cher », a déjà prévenu le ministre catalan.

Mais placée en état de pré-urgence à la sécheresse, la Catalogne n'a plus vraiment le choix et devra assumer ce coût compris entre 4 et 10 euros par m3.

Deux bateaux en 2008

Déjà, en 2008, lors d'un épisode de sécheresse important mais sans commune mesure avec ce que connaît désormais la Catalogne, deux navires avaient apporté de l'eau potable à Barcelone. Le premier venait de Tarragone et le second de Marseille.

Une hérésie alors que l'eau du Rhône aurait pu arriver jusqu'à Barcelone grâce au « tuyau » du projet Aqua Domitia qui s'est finalement arrêté dans l'Aude. En avril dernier, L'Indépendant rappelait que lors du lancement du projet de Réseau hydraulique régional (RHR), en 1955, le département des Pyrénées-Orientales n’en faisait pas partie car il avait suffisamment d’eau.

Bien des années plus tard, le projet LRC, pour Languedoc-Roussillon-Catalogne, avait aussi été abandonné, la Generalitat ayant choisi de créer une usine de dessalement d’eau de mer. Alors que de l'eau va désormais transiter par le port de Barcelone, la Catalogne et ... les Pyrénées-Orientales ne peuvent qu'amèrement regretter ces décisions d'alors ! Des solutions existent.

Nous sommes le département de la région probablement le mieux doté en eau : trois fleuves qui pratiquement naissent et meurent sur notre territoire, deux barrages (Vinça et Caramany), la retenue d’eau de Villeneuve-de-la-Raho, des kilomètres de canaux d’irrigation, la nappe quaternaire (superficielle) et la nappe pliocène (profonde) présentes quasiment partout.

L'idée serait de mailler les territoires et de transporter l'eau des endroits où elle est disponible vers des endroits plus difficiles, en fonction des saisons, des besoins et des précipitations. Actuellement, sous l'impulsion de cette structure de type Sydetom (pour les ordures ménagères), une stratégie est en cours de développement pour récupérer 20 millions de mètres cubes d'eau sans recourir au Pliocène. Cinq millions proviendraient du karst des Corbières, une dizaine de millions de la retenue d'eau de Villeneuve qui serait alimentée par un aqueduc de Vinça, et les cinq millions restants pourraient provenir de certains quaternaires riches et du rendement des réseaux et des économies d'eau.

Les Pyrénées-Orientales seul département de France où les nappes restent dans le rouge

Selon le Bureau de recherches géologiques et minières, en ce début janvier 2024, la situation des réserves d'eau souterraines s'améliore en règle générale sur le territoire français. Les nappes phréatiques des Pyrénées-Orientales sont les seules à rester à un niveau très bas. De très mauvais augure pour l'été prochain.

Les pluies fines des derniers jours n'ont pas amélioré la situation. Avec des cumuls culminant à seulement 20 mm en pays catalan, les récentes précipitations ont seulement humidifié la terre. L'étude que le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a publiée ce mercredi 17 janvier d'après la situation des nappes au 1er janvier 2024 est donc malheureusement toujours d'actualité. Et sur la carte de France, les Pyrénées- Orientales restent le seul département en rouge.

« La situation des nappes du Roussillon et des calcaires karstifiés du massif des Corbières reste extrêmement dégradée, avec des niveaux très bas, conséquence de déficits pluviométriques depuis plus d’un an », traduit le BRGM. L'établissement public précise que le département est dans une conjoncture encore plus inquiétante que l'année dernière à la même époque. Et que, pour ne rien arranger « la recharge des nappes (qui se fait d'habitude en grande partie en automne) ne semble toujours pas avoir débuté » en pays catalan.

Vers des restrictions encore plus dures que l'été dernier

Selon le Syndicat des nappes du Roussillon, les seuls secteurs un peu épargnés sont ceux de la bordure côtière nord et de la vallée de la Têt, qui sont « seulement » en alerte renforcée. Tout le reste de la plaine est en crise. Les nappes des Aspres et de la vallée de l'Agly sont les plus problématiques. Les piézomètres qui mesurent les réserves d'eau souterraines sont par ailleurs à leur plus bas niveau historique à Ponteilla, Terrats, Alénya, Saint Hippolyte et Salses-le-Château.

« On se prépare à un été compliqué », confie le président du Syndicat des nappes, Nicolas Garcia. « Si nous n'avons pas un printemps pluvieux, nous allons vers des restrictions encore plus dures que l'été dernier, où nous avions eu quelques dérogations (campings, piscines collectives, etc.). Actuellement, il faudrait deux semaines de pluie pour qu'on puisse remplir le barrage de Vinça. Après, en 2010, il était tombé 20 cm de neige à Elne en mars, mais ça n'arrive pas tous les ans, ni même tous les dix ans. » Un nouveau comité sécheresse doit se tenir le 29 janvier prochain en préfecture.

Céret, le 22 janvier 2024

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