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Le billet de Jean-Michel Galano. Saint-Cloud ce matin 1° mai 2024

À notre emplacement habituel, près de chez nous, au carrefour de la Bérengère.

À peine installés, bien avant 5 heures, un monsieur à l’élégance décontractée typique du grand bourgeois nous achète un pot : « Ah, quand je vais dire chez moi que j’ai acheté mon muguet aux cocos !  Je ne suis pas de votre bord, mais je vous apprécie. Vous ne trouvez pas, tout de même, qu’on est menacés par l’Islam ? »

Deux ouvriers en costume de travail, un jeune et un moins jeune, à l’évidence d’origine immigrée, s’arrêtent pour nous acheter des brins, et refusent ma monnaie qu’on veut leur rendre.

Une dame revient sur ses pas après nous avoir acheté son brin de muguet, notre tract à la main, et nous demande qui vote pour les élections européennes, et s’il y a un tour ou deux.

Un zemmourien ou lepéniste, je ne sais pas trop, m’agresse verbalement : il me débite à la cadence d’une mitraillette (déjà) les mantras de l’extrême-droite : les 100 millions de morts, 39, la gauche au pouvoir qui détruit la famille, Cuba, la Chine. La doctrine sociale de l’Eglise va selon lui beaucoup plus loin que le communisme, et nous à qui il condescend de parler sommes certainement de braves gens, malheureusement inconscients d’être manipulés par une nomenklatura. Je n’en jurerais pas, mais je crois bien qu’à cette heure matinale il sent déjà l’alcool.

Un monsieur très âgé nous parle de Georges Marchais, qu’il dit avoir connu. Il est très heureux du rajeunissement et de la réapparition du PCF.

Un couple avec un enfant ne nous achète rien, mais nous entendons le monsieur expliquer à la fillette la signification de la fête du travail.

Une jeune femme en voiture nous tend un billet de 5 euros par la vitre de son véhicule avant de le garer et de revenir se fournir en muguet : « C’est à vous que je tiens à l’acheter ! »

Une autre, moins de vingt ans, me donne toutes ses pièces jaunes : « En échange de rien, c’est un libre don ».

Un informaticien qui vient de fêter ses 60 ans et voit avec amertume la perspective de la retraite s’éloigner se renseigne sur les listes en présence et ce qui les distingue. Il se dit très tenté par l’abstention et reconnait avoir « décroché » de la politique au fil des années. Il s’inquiète de la dégradation du débat public, qui dégénère de plus en plus en un combat médiatique où tous les coups semblent permis. « On est en mal de valeurs », dit-il. « J’apprécie que des gens s’engagent, peu importe leur bord, comme vous le faites. C’est la seule façon d’aller de l’avant. »

Plusieurs personnes, notamment des jeunes, semblent préférer le brin de muguet tout simple aux présentations plus sophistiquées. Dans ce contexte politique lourd de menaces, et même dans un bastion conservateur comme Saint-Cloud, la vitalité d’une tradition célébrant le monde du travail est réelle et donne des raisons d’espérer. Même si une hirondelle ne fait pas le printemps.

Jean-Michel Galano

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Le billet de Jean-Michel Galano. Saint-Cloud ce matin 1° mai 2024

le 01 May 2024

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