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Le billet de Jean-Michel Galano. Monde réel (chronique)

Beaucoup de monde ce dimanche, et à une semaine des élections les différentes forces en présence sont là avec leur matériel et leurs militants. Toutes sauf le RN, sûr de son fait, les macronistes, en débandade, et les Verts, qui n’ont pas de militants sur le terrain.

L’accueil est bon, beaucoup de gens disent vouloir s’informer avant de faire leur choix et prennent tous les tracts, d’où une ambiance bon enfant. Mais il faut sans cesse rappeler que c’est la semaine prochaine et qu’il y a un seul tour.

Beaucoup expriment leur sympathie à l’égard de Léon Deffontaines et de sa belle campagne. Toutefois, une jeune femme, qui dit par ailleurs qu’elle votera pour lui, le trouve un peu trop « dur » et le compare, sur la forme, à Bardella. Nous nous mettons d’accord sur le fait que c’est le combat politique contre le RN qui est « dur », et que dans ce combat les autres forces politiques ont scandaleusement courbé l’échine, ce qui nous fait apparaître, nous, comme « durs » et intransigeants. Une intransigeance que nous revendiquons. Ce qui n’exclut pas l’ouverture.

Un gros bonhomme joufflu, lunettes de soleil accrochées à son pull, pointe sur moi un doigt accusateur et m’invite à boire un verre dimanche prochain à la santé de Le Pen. Premier degré ? Second degré ? Il passe vite son chemin.

Un cadre retraité du ministère de la défense, militant CFDT, m’alerte sur la baisse vertigineuse du pouvoir d’achat des retraités ; « il y a de plus en plus de retraités pauvres ». Il est bien s’accord que les salariés pauvres sont eux aussi en nombre croissant, mais il persiste à penser, « sans trop d’illusions » dit-il, que les leviers essentiels se trouvent désormais au niveau européen. Il ne sait pas encore pour qui il va voter.

Beaucoup de gens disent ne plus rien comprendre à la situation, « On marche sur la tête », l’expression revient souvent. Une retraitée s’inquiète de devoir se rationner pour se soigner. Une autre regrette « le temps d’avant », où les choses avaient un sens, où la pauvreté était, croit-elle, maîtrisée. J’insiste sur le fait que les gains de productivité, les progrès exponentiels des connaissances et des savoir-faire devraient garantir un nouvel avenir de santé et de longévité, et que ce sont bien les logiques capitalistes de profit qui détériorent et inversent cela.

Difficile tout de même de parler finance et choix d’investissement, comme par exemple avec ces militants socialistes qui ne jurent que par « une répartition plus juste des logements sociaux, pour éviter d’avoir à construire toujours plus »

Conversation courtoise avec des partisans de Bellamy ravis d’apprendre que lui et moi sommes d’anciens collègues, et qui soulignent n’avoir rien de commun avec « cette excitée de Marion Maréchal ». Quand je leur réponds que j’en veux à la droite d’avoir rompu avec le gaullisme et couru derrière les racistes et les xénophobes, une dame se tourne vers ses collègues : « Voyez, le monsieur dit comme moi ».

Une jeune femme, salariée du commerce, s’indigne de la proposition faite par la cour des comptes d’instaurer un délai de carence de 7 jours en cas d’arrêt maladie. Elle en tient Macron pour responsable. Je ne manque pas de lui rappeler que cette noble institution qu’est la cour des comptes coûte elle-même à la Nation 200millions d’euros par an, tout cela pour engraisser des gens chargés de prêcher l’austérité aux autres.

Un militant LFI m’interpelle, rigolard, sur le fait que nous serions tenus par le « programme de la Nupes » et que nous devrions nous effacer. Il a la jovialité arrogante de celui qui a bien réussi son coup. Mais quand je prends un peu le temps de lui parler de la vie réelle, des services publics (il est enseignant), des salaires, de l’inflation, là il se liquéfie et il ne rigole plus. Il est prêt tout d’un coup à tout nous concéder « pourvu qu’on fasse front commun plutôt que de s’écharper ». Et ill finit par m’avouer, un peu piteux « je suis prêt à voter Fabien Roussel le jour où Roussel fera 10 % et Mélenchon 5 % ».  A quoi bon poursuivre une telle discussion ?

Avec les camarades, nous tirons la conclusion que la situation est très ouverte. Il y a beaucoup de confusion dans les têtes, ce qui favorise l’abstention, et aussi une libération de la parole raciste, mais pas d’illusion et encore moins d’enthousiasme. Les baudruches gonflées le temps d’une élection se dégonfleront tout aussi vite, et nous devrons continuer le travail de fond.

Jean-Michel Galano

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Le billet de Jean-Michel Galano. Monde réel (chronique)

le 02 June 2024

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