Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Le billet d’Yvon Huet. Rats des villes et rats des champs

En regardant la carte des votes et en lisant les réactions de mes camarades et amis, je m'aperçois que le ressenti est très différent selon qu'on habite dans une métropole ou dans la ruralité (au sens très large du terme). Les campagnes sont beaucoup plus atteintes par le vote RN que les villes. Pourquoi ? Parce que les effets de la crise y sont en fait plus ressentis et le sentiment d'abandon y est beaucoup plus fort, avec un isolement et une absence de mélange des cultures récurrents. Ce sont bien sûr des tendances lourdes qui ne reflètent pas la diversité des comportements, d'autant que le RN a su aussi s'attaquer à des villes comme Perpignan et quelques autres où il sait pérenniser son pouvoir. Cela pose une question majeure quant à l'aménagement du territoire, surtout si la gauche arrive à gagner, parce que les autres, particulièrement le RN, ont plutôt besoin de régner sur une population frustrée. L'argument de ceux qui considèrent nécessaire de concentrer l'habitat pour assurer le réchauffement climatique et assurer la stabilité économique ne tient pas. C'est une tentation de la facilité qui crée des situations artificielles comme sur les côtes du sud de la France. Je prends pour exemple les petites villes côtières des Pyrénées orientales. Elles sont vérolées par les résidences secondaires et la concentration des retraités aisés et ne tiennent que par le tourisme et l'économie « grabataire »… Résultat, le RN y cartonne avec les meilleurs résultats.

Ce dont notre pays a besoin, c'est de réconcilier la nature avec l'humain, en ville comme dans les campagnes, en rééquilibrant les activités productrices et culturelles, en remettant du lien par le transport public écologique et en permettant à ceux qui ont fait le choix de la ruralité de pouvoir y gagner leur vie. Le télétravail le permet d'une certaine manière, mais il ne crée pas le lien social nécessaire à une vie épanouie et solidaire. C'est une fausse bonne solution. Cet enjeu de société, il faudra bien un jour le trancher, sous peine de voir notre société continuer à s'enlaidir avec d'un côté des rats des champs qui montrent les dents de la colère et des rats des villes qui viennent se vautrer sur les plages et les lacs sans se soucier de ce qui se passe autour d'eux, en donnant une pièce aux vagabonds sans logis qui viennent picorer au centre des villages pour se faire pardonner de leur insouciance. J'ai été rat des villes longtemps. Je suis devenu rat des champs comme beaucoup d'anciens comme moi. Je ne suis pas une exception à une règle massive, et je me dis parfois que si j'ai quitté la ville, c'est avant tout parce que je ne pouvais plus y supporter la vie, obligé d'encombrer les cabinets médicaux pour survivre. Cela pose la question de la manière dont on peut vivre en ville sans être obligé de fuir, soit parce que la vie y est trop chère, soit parce qu'on ne peut plus y respirer ou les deux à la fois.

J'ai été témoin le 30 juin du dégât que cela fait dans les urnes. Dans un village de l'extrême sud de la France, où il ne se passe rien d'autre que l'angoisse de voir des migrants supposés passer la frontière entre les ronces sans jamais en voir un, à se demander s'il ne s'agit pas d'un transfert de la peur du loup des enfants… Plus encore, quand je dis que je fais faire un tour à Paris au serveur d'un bar de Céret, il me dit « mon pauvre ! ». Le RN y est majoritaire alors que le maire est de gauche dans tous les cas… C'est la même chose à Elne, ville qui, pourtant, a été le symbole de la solidarité avec sa maternité qui a servi d'accueil salutaire aux réfugiés espagnols et aux juifs… Et ce n'est pas la faute de la gauche qui fait son boulot de solidarité quotidiennement.

Je ne dis pas que j'ai raison. Je ressens cela. C'est à mettre au profit de la culture du débat que nous devons avoir à gauche, à contrario du cirque des petites phrases assassines dont se servent les opportunistes (quel que soit le bord politique) dont le seul objectif est d'avoir le manche du pouvoir comme Napoléon perché en haut d'une pyramide. Je n'y inclus pas de très nombreux élus de gauche, mais pas seulement, particulièrement les communistes, qui font leur job et méritent toute ma considération et sont souvent les premiers, comme mon camarade Roussel et bien d'autres, à se prendre le mur des intolérances en pleine figure, mais savent se relever parce que ce ne sont pas des opportunistes.

Yvon Huet

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 

Le billet d’Yvon Huet. Rats des villes et rats des champs

le 02 juillet 2024

A voir aussi



 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64