Fédération des Pyrénées-Orientales

Fédération des Pyrénées-Orientales
Accueil
 
 
 
 

Critique d’Yvette Lucas. Le marxisme est un humanisme

« Jean-Paul Sartre, Georg Lukács : deux philosophies pour l’humanité (1923-1975) » Stephanie Roza (PUF, 2024)

Nettement affirmatif, le titre de l’ouvrage, appuyé sur une citation de Marx « La racine pour l’humain c’est l’humain lui-même » n’élude pas la variabilité des liens qui ont existé selon les moments de l’histoire entre marxisme et humanisme. La référence pourtant s’impose et justifie l’approche qui met en présence Jean-Paul Sartre et Georg Lukács : deux « philosophies pour l’humanité », de 1923 à 1975. Abordés tour à tour donc, deux philosophes, mus, pour l’un, par un attrait, pour l’autre par un engagement, envers Marx. Et développant et faisant évoluer leur réflexion, basée sur la théorie, selon le cours des événements.

Le texte se divise en deux grandes parties, de 150 à 200 pages chacune, la première consacrée à Sartre, la seconde à Lukács. Deux philosophes qui ne se sont pratiquement pas connus et dont la démarche, aussi bien que la vie, sont très différentes. Mais dont les deux référents sont, pour l’un comme pour l’autre : marxisme et humanisme. Le récit proposé au lecteur découvre pas à pas et attentivement, au fil du temps, les progrès de la pensée de chacun, sa construction, les obstacles, les stimulations qui la réorientent ou la confirment.

Pour Sartre, fondateur de l’existentialisme, l’attrait pour le marxisme, qui restera bien superficiel, est lié à l’attrait pour l’action communiste dans les moments où sa vie militante l’en rend témoin ou allié. Dans ses textes, c’est l’élaboration progressive et partiellement tumultueuse de la Critique de la pensée dialectique dont il ne se satisfera pas vraiment. Sartre, in fine, c’est, et cela restera, l’existentialisme.

Pour Lukács, qui dans sa jeunesse se destinait à devenir critique, théoricien et historien de la littérature, engagé dans l’Histoire de l’évolution du drame moderne, c’est la Révolution d’Octobre qui bouleverse sa vie et ses perspectives, et le replonge dans l’étude du marxisme. Son intérêt pour la politique ne l’éloigne pas de l’esthétique et de l’éthique, liées à un projet humaniste dont il voit la réalisation possible grâce à la collectivisation des moyens de production. Sa volonté de voir le marxisme comme « théorie universelle du développement de l’humanité » le liera à un engagement politique pour lui indéfectible, mais qui dans le contexte du stalinisme, lui créera de multiples difficultés. Entre ses grands espoirs sans doute empreints de démesure, les contraintes de l’époque et sa volonté de ne pas trahir son engagement, il rencontra bien des difficultés et sut, ou put, difficilement, « faire avec ». Avec Stéphanie Roza, nous pensons que ce penseur réputé stalinien est peut-être plus proche des préoccupations contemporaines que le jeune auteur messianique en difficulté avec son temps.

Sartre et Lukács furent-ils comme le laisse entendre la conclusion, les derniers philosophes ? A vous d’en juger. Cet ouvrage est tout juste paru (janvier 2024). Ne le manquez pas.

Critique publiée dans Cause commune n° 39

Yvette Lucas

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.

 

Critique d’Yvette Lucas. Le marxisme est un humanisme

le 06 juillet 2024

A voir aussi



 
44 Avenue de Prades 66000 Perpignan Tél: 04.68.35.63.64