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Première rencontre national du PCF à Port-de-Bouc

 
 

Première étape à Port-de-Bouc des Rencontres nationales du PCF « La France en commun ». Au programme : table-ronde et débat sur le progrès social, véritable enjeu sociétal, avec toutes les forces locales. Après avoir rencontré les cheminots à Marseille, Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF, a également participé à cette soirée.

« Qui dit progrès social suppose la fabrique de jours meilleurs, il ne faut pas espérer le progrès social, il faut le provoquer » : les mots de bienvenue prononcés hier soir par Patricia Fernandez-Pédinielli pourraient résumer l’esprit qui prévalait lors de l’initiative organisée par le PCF dans le cadre de la double campagne de la présidentielle et des législatives. Hier soir, l’heure n’était pas à la résignation devant l’état du monde dont les six intervenants de la table ronde ont décrit, chacun à sa manière, les affres. « Le progrès social est une idée neuve » : le thème d’une soirée comme un défi à la bien-pensance. « Il y a tellement de monde pour vous dire le contraire que je voulais participer » soulignait d’emblée Bernard Thibault, ancien Secrétaire général de la CGT, aujourd’hui membre de l’Organisation internationale du travail (OIT). Si le progrès social est « un horizon lointain pour beaucoup de travailleurs », si « la moitié d’entre eux dans le monde n’a pas de contrat » (« je ne parle pas de ceux qui ont un contrat de travail et ne font rien » ironisait-il en pensant à qui vous savez), c’est aussi pour Bernard Thibault, dans l’histoire des conquêtes sociales en France que l’on peut puiser des raisons d’espérer. « Nous avons le record du monde du taux de salariés couverts par les conventions collectives », soulignait-il, comme pour rappeler « la capacité de mobilisation, de mise en mouvement » que l’on rencontre souvent dans l’hexagone.

Propositions pour une reconquête

Dans cette salle décrite par Pierre Laurent comme « un des lieux de fabrique d’idées » dont les campagnes électorales ont besoin, les propositions pour regagner du terrain, pour échapper à la logique défensive du « il faut sauver l’existant » évoquée par Anne Bachman, syndicaliste de la Fonction publique territoriale, n’ont pas manqué. En matière de Sécurité sociale, pour Anne Le Loarer, salariée de ce secteur, de santé pour Serge Jacquet, Vice-Président des Mutuelles de France ou de culture pour Agnès Freschel, directrice du magazine Zibeline.

Pour Serge Jacquet qui a annoncé « une grande campagne du mouvement mutualiste dans les prochaines semaines », « il y a besoin de réponses solidaires à la crise ». Elles peuvent se nommer lutte contre les déserts médicaux qui « concernent plus de 3 millions de personnes », « meilleure articulation entre hôpital et médecine de ville », nécessité de « stopper la main-mise des labos ». Deux intervenants ont reconnu un mérite aux « propositions » incendiaires de François Fillon sur la « Sécu » (c’était à une époque vieille de… quelques semaines, avant l’affaire) : celui d’avoir réveillé le débat sur cette question. « En 30 ans, la part des ménages dans le financement de la Sécurité sociale est passée de 27 à 45% » précisait Serge Jacquet… Parfois les chiffres « parlent » autrement que dans un « slide » de plateau télé. Chargée d’intervenir sur la culture, la grande absente des campagnes électorales, Agnès Freschel n’a pas cité de chiffres. Elle a « simplement » rappelé que « la régression a des racines et des causes culturelles », décrit « une liberté de création muselée par l’extrême-droite » dans les villes qu’elle gère, toute occupée qu’elle est à illustrer « une culture ancestrale, figée, érigée contre les cultures du monde ». Et l’intervenante d’appeler à « construire un service public qui ouvre les esprits et poétise le réel ». Quelque chose comme la conquête de nouveaux espaces dans une salle qui porte le nom de Youri Gagarine ?

Jean-François Arnichand (La Marseillaise, le 8 février 2017)

Salle comble pour une première

« Quelle belle salle ce soir pour cette première rencontre ! » se réjouissait Gaby Charroux avant la prise de parole des intervenants de la table ronde.

De fait, c’est bien devant une salle comble qui rappelait les grandes heures de ce haut lieu militant de Port-de-Bouc que ce premier débat s’est tenu. Signe de l’affluence, avant d’intervenir à la tribune, Bernard Thibault avait déjà signé bon nombre d’exemplaires de son livre « La troisième guerre mondiale est sociale ».

Sa lecture nécessitera plus que les « sept minutes pour parler de la situation dans le monde » sur lesquelles le membre de l’OIT a plaisanté à la tribune.

Jean-François Arnichand (La Marseillaise, le 8 février 2017)

Pierre Laurent : « Il faut mettre le chômage hors d’état de nuire »

Le Secrétaire national du PCF rencontrait les cheminots de Marseille avant de se rendre à Port-de-Bouc. En marge de cet échange, il répond à « La Marseillaise ».

La Marseillaise.  Le PCF a lancé la « nouvelle bataille du rail ». De quoi s’agit- il ?

Pierre Laurent. Il y a une attaque très violente en cours contre le service public ferroviaire alors qu’on aurait besoin de son développement pour des raisons sociales, écologiques et d’aménagement du territoire. La réforme a commencé avec l’éclatement de la SNCF, les attaques contre l’emploi public, les bus Macron et elle s’amplifie avec la programmation de la fermeture des lignes d’équilibre du territoire. Il faut mener une bataille contre la disparition de chaque gare, de chaque ligne. Ici Christian Estrosi s’engouffre dans la déréglementation pour tenter de faire éclater le service public. C’est une affaire pas seulement régionale mais nationale. La bataille ici peut être gagnée si elle se développe dans tout le pays.

La Marseillaise. Vous appelez à une convergence à gauche. Quelle méthode pour y parvenir ?

Pierre Laurent. Il y a une situation nouvelle qui s’est créée. On nous disait il y a quelques mois que tout était plié, que le second tour allait se jouer entre François Fillon, aujourd’hui très en difficulté, et Marine Le Pen. Les femmes et les hommes de gauche, auxquels Hollande et Valls avaient tourné le dos, reprennent du poil de la bête et ça, dans toutes les familles de la gauche. Il y a une très belle campagne menée par Jean-Luc Mélenchon, il y a une primaire socialiste dans laquelle le vainqueur n’est pas celui que le pouvoir attendait. Il faut intensifier la campagne de notre candidat avec des propositions d’alternative fortes. Il faut provoquer le débat dans toute la gauche sur nos propositions car il faut de l’unité sur un programme qui va changer les choses. Il ne s’agit pas de reproduire les illusions qu’on a connues. C’est pourquoi le débat à gauche doit se mener publiquement, devant les citoyens. Ce sont eux qui auront à juger du programme qui peut être porté ensemble, le plus loin possible, dans les échéances à venir.

La Marseillaise. Quelles mesures de progrès social les communistes mettent-ils en débat ?

Pierre Laurent. On s’habitue à une société de chômage, de pauvreté et de précarité. C’est ça qui mine le développement de notre société. Quand on a 9 millions de gens en dessous du seuil de pauvreté, 8 millions de personnes touchées par le chômage ou le sous-emploi, la société est bloquée, entravée dans son développement. Il faut que la promotion des capacités humaines, la sécurisation dans tous les aspects de la vie deviennent un moteur du développement. Changeons le sens dans lequel les entreprises travaillent. On demande aux hommes de s’adapter aux logiques de profits. Il faut faire l’inverse, il faut que les entreprises servent le progrès social. Il faut mettre le chômage hors d’état de nuire. Nous proposons pour cela une sécurité d’emploi et de formation qui permettrait aux gens, tout au long de leur vie, d’évoluer entre l’emploi et la formation sans jamais passer par la case chômage, en ayant des revenus et des droits garantis. On entrerait dans la vie professionnelle en étant rattaché à ce service public de l’emploi comme on l’est à la Sécurité sociale. Il faut reconstruire par ailleurs une Sécurité sociale à 100% pour tout le monde en faisant reculer les logiques de marchandisation et de privatisation à l’œuvre. Il y a énormément de moyens pour le faire. On voit les immenses gâchis financiers du système, les inégalités considérables, l’argent qui fuit dans les paradis fiscaux. Le problème n’est pas le manque d’argent, c’est le fait que toutes ces richesses sont mises au service d’une logique qui doit être maintenant abandonnée.

Propos recueillis par Léo Purguette (La Marseillaise, le 8 février 2017)

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