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Offres de travail bidons. La CGT étrille Pôle emploi

Selon une étude(*) publiée cette semaine par la CGT Chômeurs et précaires, la moitié des offres proposées sur le site pole-emploi.fr seraient fausses ou abusives. Un phénomène contre lequel l’agence tente de lutter malgré des moyens en baisse et une politique du « tout répressif ». Décryptage.

Une « fausse annonce » sur deux, le chiffre a de quoi faire peur. C’est pourtant le constat alarmant que dresse la CGT chômeurs dans sa dernière étude. Pour la réaliser, le syndicat s’est penché sur 1.708 offres, choisies au hasard sur le site pole-emploi.fr dans cinq villes dif- férentes (Marseille, Lyon, Nantes, Rennes et Montreuil en région parisienne), tous secteurs confondus.

CDD abusifs, faux CDI, salaire incohérent, horaires mensongers, farfelus, ou en- core lieu et conditions de travail mensongers… Après analyse, 857 annonces se sont avérées illégales ou bidons. « Ça va de la simple erreur de secteur d’activité aux propositions franchement grotesques, en passant par le poste déjà pourvu, voire inexistant », s’insurge Tennessee Garcia, secrétaire général de la CGT chômeurs.

La faute, selon lui, à la privatisation du marché. Depuis 2015, n’importe quel particulier, société ou site internet privé peut déposer une offre sur le site de Pôle emploi, sans aucun contrôle. Avec un simple numéro Siret, il est même possible d’avoir accès directement aux coordonnées (nom, adresse mail, téléphone…) des trois millions de profils mis en ligne par les candidats via leur espace personnel. Une ouverture à la concurrence qui a entraîné « une véritable course au rendement », selon le syndicaliste.

« Les vautours de l’emploi »

MétéoJob, JobiJoba… Rien que sur internet, ils sont 123 à se disputer le marché. Le but est double : amasser un maximum de clics pour augmenter les revenus qu’ils génèrent grâce à la pub sur leur site, et récolter un maximum de données pour les revendre ensuite à d’autres sociétés de démarchage, téléphonique ou autre. C’est ce qu’on appelle le phishing. Pour ça, ces « vautours de l’emploi », comme les appelle Tennessee Garcia, inondent le site officiel de Pôle emploi (jusqu’à représenter trois quarts des annonces en ligne), avec, dans chacune, un lien renvoyant vers leur propre page, seul moyen possible pour le candidat de consulter l’ensemble de l’offre et d’y postuler.

Moins de chasse, plus de conseils... et de contrôles ?

Outre la libéralisation, les syndicats de chômeurs et des salariés de Pôle emploi dénoncent le manque d’effectifs, de moyens, mais surtout une politique trop axée sur la chasse à la fraude aux allocations. « Aujourd’hui, on nous demande d’abord de faire du contrôle », explique Éric Almagro, responsable syndical Pôle Emploi au SNU Paca. « Mais avec, en moyenne, 250 demandeurs pour un conseiller, ça ne laisse plus beaucoup de temps pour l’accompagnement, ce qui est pourtant notre mission d’origine. Et ça ne risque pas de s’arranger avec les baisses de dotations et les possibles suppressions de postes à venir. En bref, on nous demande de faire toujours plus avec moins ! »

Pour tenter de remédier au phénomène, les agents du service public souhaitent désormais la création d’un service externe, spécialement dédié à la traque aux fraudeurs pour leur permettre de revenir à plus de conseil. Autre piste, la CGT chômeurs réclame, quant à elle, le retour au contrôle systématique des offres, notamment, grâce à la réaffectation des 1.000 agents actuellement dédiés au contrôle des allocataires.

Invitée à s’exprimer de son côté sur le sujet, la direction de Pôle emploi ne nous a pas fait part de ses réactions.

Steve Claude (La Marseillaise, le 4 septembre 2018)

Disponible gratuitement sur le site cgtchomeursrebelles56.blogspot.com.

Repère

42%. C’est la part des chômeurs bénéficiaires d’une allocation, dont seulement 4% de fraudeurs épinglés par Pôle emploi.

50%. C’est la part d’offres illégales ou bidons relevées sur les 1.708 annonces analysées par la CGT Chômeurs et précaires dans son étude sur le site pole-emploi.fr.

123. C’est le nombre de sites internet privés ayant publié au moins une offre sur pole-emploi.fr en 2018.

75%. C’est la part des annonces émanant d’organismes ou sites internet privés sur l’ensemble des offres mises en ligne sur le site de Pôle emploi.

La Marseillaise, le 4 septembre 2018

Offres d’emplois : ce que dit la loi

En matière de recherche d’emploi, le Code du Travail dresse des règles très claires :

- Article L5331-3 :
Il est interdit de faire publier dans un journal, revue ou écrit périodique ou de diffuser par tout autre moyen de communication accessible au public une insertion d’offres d’emploi ou d’offres de travaux à domicile comportant des allégations fausses ou susceptibles d’induire en erreur et portant, en particulier, sur un ou plusieurs éléments suivants :
1° L’existence, le caractère effectivement disponible, l’origine, la nature et la description de l’emploi ou du travail à domicile offert ;
2° La rémunération et les avantages annexes proposés ;
3° Le lieu du travail.

- Article L1242-1 :
Un contrat de travail à durée déterminée, quel que soit son motif, ne peut avoir ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise.

La Marseillaise, le 4 septembre 2018

Le marché des « vautours de l’emploi »

Le chômage de masse fait des heureux ! Les officines privées qui, depuis 2015, peuvent se servir allègrement et sans contrôle du site de Pôle emploi pour leurs annonces, n’ont pas pour objectif d’aiderlesprivés d’emplois à trouver, ou retrouver, un travail. Leur but est de faire de l’argent. Beaucoup d’argent. Et d’utiliser les privés d’emplois pour se remplir leurs poches ! C’est ce que révèle l’étude du Comité chômeurs CGT rendue publique lundi. Elle met le doigt sur un scandale national car ces pratiques de voyous ne sont pas marginales : 75% des annonces du site de Pôle emploi proviennent de 123 officines privées et 50% des annonces s’avèrent illégales ou fantaisistes.

Chasse aux chômeurs et casse du service public

Ce travail sérieux est de salubrité publique au moment où le gouvernement fait passer les chômeurs pour des tire-au-flanc et veut modifier les règles de l’Assurance chômage au prétexte que le système actuel n’incite pas à chercher du travail ! Le patron du Medef en a remis une couche lundi matin sur France info et dans le journal Les Échos. Geoffroy Roux de Bézieux propose de « changer radicalement les règles pour inciter plus efficacement à la reprise de l’emploi ». C’est bien connu, les chômeurs sont les premiers responsables de leur situation. Et pas la financiarisation de l’économie qui privilégie la distribution des profits à l’investissement dans l’appareil productif.

La CGT chômeurs ne se contentent pas de révéler et de dénoncer ce qu’elle nomme les « vautours de l’emploi » ; elle fait aussi un plaidoyer pour le service public, victime de cette marchandisation, et transformé en machine à contrôler plutôt qu’à accompagner. Salutaire !

Françoise Verna (La Marseillaise, le 4 septembre 2018)

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